Les centres-villes ont la vie dure… Emmanuel Le Roch, Délégué Général Procos nous parle ici de la faible résilience des centres-villes, des solutions pour lutter contre la vacance commerciale, et du plan « action cœur de ville » qui a pour but de revitaliser les centres-villes.

Le palmarès Procos 2018 des centres-villes commerçants les plus dynamiques relève que de nombreux centres-villes connaissent des difficultés, notamment dans les villes moyennes. Quelles sont justement aujourd’hui les principales embûches que doivent surmonter les centres-villes ?

E. Le Roch : Les difficultés sont visibles prioritairement sur les villes petites et moyennes. En effet, les métropoles et les grandes villes sont plus résiliantes.

En réalité, le processus ne touche pas que le commerce, mais il est la partie visible des difficultés avec la vacance croissante de locaux commerciaux.

Au sein de ces villes moyennes, certaines vont bien. Il s’agit avant tout de celles qui ont réussi à conserver des activités, notamment administratives et les services publics en centre-ville, celles qui bénéficient d’un flux touristique, et celles dont les élus se sont préoccupés de l’activité du commerce en centre-ville avant qu’il rencontre des difficultés fortes - animation, manager de centre-ville, relations entre élus et associations de commerçants …

Le processus est global, de nombreuses villes ont fait du développement pavillonnaire en périphérie. De manière naturelle le commerce a suivi la croissance du nombre d’habitants dans ces villes. Progressivement, les raisons de venir en centre-ville se sont réduites, de moins en moins de familles y habitent (logements inadaptés ou non rénovés …) entrainant ainsi la paupérisation de pans entiers de centre-ville.

Tout particulièrement, connaissez-vous des solutions pour lutter contre l’augmentation de la vacance commerciale dans les villes moyennes ?

Le commerce est une activité économique. Pour fonctionner, il doit pouvoir capter un flux de clients suffisant. L’objectif est donc de faire revenir des habitants, de faciliter les accès et le stationnement et, progressivement, d’implanter des offres de commerce et de services attractifs.

La première étape est donc que les élus prennent conscience qu’en mettant en place un diagnostic et un plan d’action, ils peuvent renverser la tendance et donner un nouveau dynamisme. L’élu doit être le leader, construire une vision pour son centre-ville et le faire partager aux acteurs de la ville : logements, commerce, transports, services publics… pour une approche multidomaine cohérente. Bien entendu, la mise en place d’une structure dédiée au management du centre-ville est une première étape essentielle.

Nous avons récemment écrit un article sur le vélo en ville. Pensez-vous que cela peut aider les centres-ville à devenir plus attractifs ?

L’essentiel est de créer du flux, des raisons de venir en centre-ville. Mettre en place des infrastructures facilitant les différents modes d’accès à la ville est essentiel. Le vélo est un mode de déplacement très peu développé en France, donc la piste est à poursuivre, le potentiel d’amélioration énorme. Ce qui ne serait pas une bonne idée, ce serait de favoriser le vélo en excluant les autres modes d’accès à la ville. Dans la plupart de nos agglomérations et villes, la voiture reste essentielle, qu’elle soit ou non à énergie propre, donc les plans de circulation fluide, la politique de stationnement, positionnement des parkings à proximité des lieux de commerce, gratuité suffisante pour permettre les achats, tarification progressive … sont essentiels.

Nos citoyens/consommateurs ne veulent pas de contraintes, donc il faut les réduire au maximum pour qu’ils aillent en centre-ville, alors que les centres commerciaux sont souvent beaucoup plus accessibles.

Vous dites soutenir le plan « action cœur de ville ». Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots les éléments prioritaires de ce plan ?

Les objectifs prioritaires sont de donner aux 222 villes retenues des moyens (financiers, ingénierie, etc.) pour mettre en place des projets de revitalisation dans des périmètres définis, prioritairement en centre-ville. L’objectif est d’agir en priorité sur le logement et en parallèle sur le commerce et tout domaine qui peut contribuer à la vie en centre-ville. La vertu de la démarche a été d’instaurer un dialogue entre les élus et les acteurs privés de la ville.

Ce plan sera un succès s’il permet la mise en place d’un nouveau partenariat public-privé local dans le cadre d’une vision territoriale partagée. L’État peut soutenir, donner l’impulsion, mais les réponses devront être locales. Si les acteurs attendent la réponse à tous leurs problèmes par ce plan, ils seront déçus. S’ils savent s’en servir pour intégrer une nouvelle dynamique de co-construction de leur centre-ville et, plus largement, de leur territoire, nous avons une chance que le processus se retourne. Des améliorations sont constatées dès que les acteurs collaborent sérieusement dans le cadre d’objectifs crédibles et d’actions cohérentes.

Par ailleurs, l’autre condition de succès relève des politiques locaux et de leur capacité à dépasser l’opposition centre-ville/périphérie qui n’a pas de sens puisque leurs responsabilités est de construire le territoire de demain pour les citoyens, qu’ils habitent en centre-ville ou en périphérie, sans exclusive. À défaut, la concurrence entre territoires entrainera les mêmes effets que par le passé à savoir le développement de projets sans cohérence, y compris en matière de commerce.

Pour aller plus loin :

http://www.procos.org

Merci Emmanuel Le Roch pour vos réponses ! Et vous, cher lecteur, avez-vous des idées pour revitaliser votre centre-ville ?

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PROCOS, centre ville, Interview, Emmanuel Le Roch