Nous avons récemment interviewé le Professeur Moreno, spécialiste de la Human Smart City et du contrôle intelligent des systèmes complexes, sur les processus d’urbanisation et le concept de la ville vivante. Il nous explique dans cette deuxième interview un deuxième concept : celui de la « ville du quart d’heure » où tout serait accessible en 15 minutes de marche maximum. Ce concept est apprécié par la maire de Paris, pour qui Carlos Moreno est envoyé spécial « ville intelligente ». Le Professeur Moreno nous révèle d’ailleurs quelques projets urbains de la Ville de Paris. Avec ce grand spécialiste des Smart Cities, nous nous devons de commencer l’interview sur le sujet houleux des villes technologiques !

Le digital est-il le seul outil utile pour rendre une ville intelligente ?

La technologie est un outil, mais ce n’est pas une fin en soi. La technologie est un esclave qui peut nous apporter des bénéfices, mais qui peut être également dangereux. La plupart des villes ont été construites dans le meilleur des cas après la Seconde Guerre mondiale. On retrouve 7 types d’infrastructures, qui aujourd’hui sont dépassés : ces infrastructures ont notamment été pensées par et pour les énergies fossiles et les lieux de vie communs ont quant à eux mal été pensés.

L’idéal pour moi, concernant les lieux de vie, c’est ce qu’on appelle la ville du quart d’heure. Dans cette ville, il faudrait environ un quart d’heure pour répondre à ses besoins tels que l’éducation, l’achat de nourriture, etc. Nous mettrions par exemple 15 minutes pour aller au travail et autant pour aller au cinéma. J’appelle cela le chrono-urbanisme.

Systèmes de notation sociale des habitants en Chine, caméras à reconnaissances faciales, recueil des données personnelles… les citoyens portent souvent un regard négatif sur les nouvelles technologies installées dans les villes. Mais quel est le revers positif des technologies citadines ?

Il y a beaucoup d’éléments positifs. J’ai d’ailleurs moi-même développé des plates-formes numériques qui ont permis d’améliorer les services urbains. Je pense que la technologie est profondément utile. Le vélo en libre-service, par exemple, est très utile, car il amène de nouvelles manières de se déplacer dans la ville. La vidéosurveillance est également très intéressante : si elle n’est pas très efficace pour prévenir les attentats, elle est très utile pour prendre connaissance des faits et ainsi retrouver plus rapidement leur(s) auteur(s).

Le problème, c’est quand la technologie devient un but en soi. Finalement, la question à se poser est : quels services et quels usages souhaitez-vous créer avec cette technologie ? Et cette dernière ne doit bien sûr pas devenir notre maître. 

Vous travaillez avec la mairie de Paris sur la thématique de la ville intelligente. Quels sont les outils intelligents actuellement mis en place à Paris et quels sont les projets à venir en la matière ?

Oui, je suis envoyé spécial «  ville intelligente » de la maire de Paris. Mon rôle est de réfléchir la ville sur le temps long, car les maires travaillent sur un temps court : celui des mandatures. Mon travail est de fournir des réflexions que la mairie implémentera ou pas.

La maire de Paris est par exemple très intéressée par la ville du quart d’heure. Elle souhaiterait pouvoir libérer les grands axes et restituer la voirie à certains endroits pour que cela devienne des espaces publics. C’est ce qui se passe sur les voies sur berges actuellement. La rive droite, fermée à la circulation depuis une dizaine d’années, accueille aujourd’hui de nombreuses activités économiques et sociétales. Nous voulons faire de même avec la rive gauche pour créer de nouvelles zones attractives. On pourrait par exemple mettre en place des étals « circuit court », en allant chercher dans l’agriculture urbaine pour se ravitailler par exemple. Les circuits courts permettent de supprimer les intermédiaires et donc de diminuer les coûts pour le consommateur final.

Nous souhaitons également créer de la mixité dans les quartiers. Le but n’est pas de créer des écosystèmes fermés. La Ville de Paris est par exemple en train de créer l’Arc de l’Innovation, qui est une multitude d’espaces de travail qui relient la capitale et sa banlieue. Autre exemple : pour les J.O. de 2024, la Ville de Paris essaie de faire du lien entre Porte de la Chapelle et Aubervilliers. Nous essayons également d’introduire des trames vertes pour ne pas étouffer la capitale.

Merci Pr Moreno pour votre partage ! Et vous, cher lecteur, que pensez-vous de l’instauration de la technologie dans nos villes ? Et que diriez-vous d’une ville où tout serait accessible à pied en 15 minutes seulement ?

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