La possession d’un véhicule, insufflé par un vent de liberté états-unienne au siècle dernier, a depuis lors été considérée comme indispensable à l’épanouissement personnel, faisant exploser la consommation. Cependant, les mentalités évoluent. Certains souhaitent s’affranchir d’un capitalisme jugé sauvage. D’autres veulent trouver des solutions face aux menaces pesant sur l’environnement. D’un autre côté, l’avènement du numérique permet de développer le partage, l’économie collaborative. Et les transports n’échappent pas au phénomène, notamment dans les cités, où on cherche à mieux vivre. Au-delà d’Uber et du covoiturage, voici les nouveaux moyens de locomotion citadins.

Se déplacer autrement en ville | Loin d’être un caprice : une nécessité

En 2013, selon la Banque Mondiale, la pollution tuait 4 fois plus que le sida. En 2016, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) chiffrait le nombre de décès en lien avec la pollution de l’air ambiant à 4,2 millions. En juin de la même année, l’Agence Santé Publique France rapportait 48000 décès par an imputables à la pollution, soit 9% de la mortalité nationale. Or, en mai 2018, l’OMS annonce que 9 personnes sur 10 respirent de l’air hautement pollué. Parmi les sources de pollution, elle mentionne sans surprise… les transports.

Il est donc nécessaire de trouver d’autres moyens de locomotion. La révolution de la voiture électrique est déjà en marche, mais dans des villes encombrées, le partage de l’espace représente une alternative intéressante. Déjà, il y aurait moins de véhicules y circulant, ce qui permettrait de fluidifier la mobilité globale. Par ailleurs, la diminution réduirait les émissions de gaz à effet de serre et la pollution. Le partage permettrait aussi aux citadins de disposer de solutions en cas de grèves des transports en commun par exemple.

L’autopartage, alternative au covoiturage

Représenté par certaines enseignes bien connues comme BlaBlaCar ou bien iDVroom, le covoiturage est bien pratique à des égards. Il permet le partage des charges obligatoires à la possession d’une voiture et favorise les échanges sociaux. Cependant, le système peut présenter des inconvénients : le trajet étant prédéfini, certains passagers doivent rechercher un autre moyen de locomotion pour parvenir réellement à destination. En outre, tout le monde ne suit pas le même emploi du temps pour toujours prendre la même voiture ensemble. Dans ce contexte, l’autopartage représente une alternative au covoiturage.

45% des utilisateurs de l’autopartage trouvent le système pratique.
46% le perçoivent comme une source d’économie.
35% le jugent écologique.

Selon une enquête du bureau de recherche 6-t menée en 2012, 45% des 2090 personnes sondées appréciaient la praticité de l’autopartage. En effet, dans l’autopartage en free floating ou en trajet libre par exemple, la voiture peut être conduite sans restriction dans une zone délimitée. L’autopartage permet aussi de faire face à nombreuses circonstances de vie : des voitures sont disponibles pour une simple course, mais certains sites proposent aussi des véhicules pour un déménagement par exemple, etc.

Par ailleurs, en 2012, 46% des personnes interrogées estimaient que l’autopartage permettait des économies. Non seulement l’usager évite les charges relatives à la possession d’une voiture (essence, assurance, entretien), mais cette alternative à Uber s’avère également moins chère qu’un taxi ou une location classique.

Enfin, 35% jugeaient l’autopartage écologique. Il faut dire que du point de vue légal, cette pratique est normée par l’article L. 1231-14 du code des transports, devant répondre à un objectif : la réduction de la pollution et de l’émission des gaz à effet de serre. Pour être labélisé « autopartage » et bénéficier de stationnements et de tarifs préférentiels, un véhicule doit alors remplir les critères définis par les autorités organisatrices de la mobilité (AOM), selon la loi MAPTAM.

En 2011, Autolib’ introduisait le concept d’autopartage à Paris, mais le projet a pris fin en juillet 2018 dans le contexte de désaccords financiers. Sinon, il existe des services comme Drivy (une société française proposant différents types de voitures), Ouicar (appartenant à la SNCF), Koolicar (qui proposent des trajets un peu partout en France) et Clem’ (dont l’offre inclut le covoiturage si nécessaire)… À l’automne 2018, le groupe PSA lancera Peugeot Free2move. Renault dédiera à l’autopartage des Twizy pour deux personnes et des Zoé pour les familles. Début 2019, Daimler intégrera le marché avec Car2GO.

L’autopartage contribue à réduire la consommation d’énergie et libérer l’espace urbain. En effet, il permet d’éviter la construction de 6 à 8 voitures, soit d’éviter 36 tonnes de CO2 sur 10 ans et de diminuer les émissions d’un abonné de 1,5 tonne de CO2/an. Du point de vue financier, l’autopartage, c’est une économie de 2000€/an/personne pour 5000km. En évitant le coût de l’achat, de l’entretien et du parking d’un véhicule, les entreprises peuvent épargner jusqu’à 15000€.

Cependant, malgré ces différents avantages, l’autopartage ne convainc encore que 5% des Français. L’emploi de la voiture personnelle reste encore facile. Pour les usagers, l’état des voitures peut laisser à désirer, étant sales, détériorées ou encore de moindre qualité par rapport aux autres véhicules que l’on peut s’acheter, ce qui n’est pas très persuasif…

La location d’un scooter pour les adeptes des deux roues ?

Car tout le monde n’est pas un adepte de la voiture. Moins encombrant que celle-ci, mais également plus pratique pour se faufiler dans les embouteillages, le scooter séduit les Français. Ensuite, il faut savoir qu’un scooter et une voiture en autopartage remplacent tout de même 7 véhicules en circulation ! Cependant, comme tout engin motorisé, le scooter consomme de l’énergie et implique des coûts, ne serait-ce qu’en entretien. Alors, pour pouvoir jouir des bénéfices d’un scooter tout en préservant l’espace urbain et l’environnement, l’idée de partager ce moyen de locomotion coule de source.

À Paris, le marché est essentiellement occupé par Cityscoot et Coup

Pour Cityscoot, l’histoire a débuté par une expérimentation lancée fin juin 2015. Durant 7 mois, 1500 utilisateurs ont disposé de 50 scooters, réalisant 12000 trajets de 3,7km ou de 18 minutes en moyenne. Cet essai a permis d’affiner l’offre : initialement, les scooters devaient rallier des stations dans des parkings souterrains, mais le système s’avérant contraignant pour les clients, le free floating s’est imposé. En 2018, l’entreprise revendique 2 millions de trajets en 2 ans, 75000 utilisateurs inscrits, 10000 locations par jour. Pour bénéficier du service lequel est opérationnel de 7 à 23h, il faut compter 0,28€/minute, ou 0,20€ en CityRider 500 (un forfait de 500 minutes).

Pour sa part, Coup compte 1700 scooters électriques pouvant être autonomes sur 60km selon des données de juillet 2018. Soit la personne prend un forfait jour ou un forfait nuit, soit elle paye 4€ jusqu’à 30 minutes, puis 1€ toutes les 10 minutes.

Pour les autres villes françaises, Yugo, une société d’origine espagnole, s’est installée à Bordeaux au cours de cette année : pour 0,22€/minute d’utilisation, l’usager peut disposer d’un scooter électrique sur un périmètre clairement délimité.

Le scooter présente bien des avantages pour ses adeptes. Cependant, certains ne sont pas du même avis. Il arrive aux usagers de garer des scooters volumineux n’importe où. Les trottoirs sont encombrés, gênant les riverains et les piétons, les contraignant à marcher sur la chaussée. Certains usagers ne respectent pas non plus le code de la route, mettant en danger les autres utilisateurs.

Le vélo en partage, une alternative plus douce ?

Il faut reconnaître que le vélo est avantageux à bien des égards. Le pédalage permet de se maintenir en forme. Il est également plus écologique. Moins encombrant qu’une voiture ou un scooter, il permet une mobilité plus fluide. Tout le monde peut l’utiliser : des employés pour un déplacement temporaire, mais également des touristes (pour oBike par exemple, la société étant implantée ailleurs qu’à Paris, le même vélo peut être utilisé dans différentes villes). Le vélo peut être plus agréable que le métro et plus abordable. En matière d’accident, il n’est pas le plus dangereux des moyens de locomotion.

C’est dans ce contexte qu’en 2007, Vélib’ ou plus précisément Vélib’ Métropole, un système de vélos en libre-service, a été mis en place par la mairie de Paris et géré par une délégation de service public. Par la suite, d’autres sociétés ont suivi le mouvement, comme Ofo, Mobike, oBike, Donkey Republic, Pony Bikes … mais à la différence de Vélib’, elles ont proposé le vélo en free floating ou dock less ou sans bornes.

Cependant, ce système présente des inconvénients. Il implique un coût même pour les non-usagers, puisqu’il occupe l’espace public, lequel doit être entretenu. Pour certains, le vélo laissé à la portée de tous semble pousser à la délinquance (certaines bicyclettes sont retrouvées dans l’eau). D’autres se permettent de vandaliser le vélo, de sorte que les usagers se retrouvent avec des objets non fonctionnels (c’est d’ailleurs dans ce contexte que Gobeebike a jeté l’éponge). Sinon, les piétons doivent marcher sur des trottoirs parfois encombrés par des épaves ou éviter des modèles stationnant de façon sauvage. On est loin de l’image idéale d’une ville sans pollution…

Et que dire de la trottinette en libre-service ?

En juin 2018, des responsables de la société Lime ont évoqué que la demande de trottinettes a surpassé celle des vélos. Il faut dire qu’une trottinette est bien pratique à des égards : moins encombrante qu’un scooter et un vélo, et encore moins qu’une voiture, elle permet notamment de combler le dernier kilomètre de mobilité. Elle permet de passer au mode piéton plus facilement. Enfin, son utilisation équivaut aussi à des économies d’énergie.

À Paris, les adeptes de ce type de locomotion peuvent recourir aux services de la société Rent&Go, laquelle dispose de 70 engins, disponibles de 10h30 à 20h.

Sinon, depuis juin 2018, Lime propose des trottinettes électriques reconnaissables à leur couleur vert citron et dont la batterie chargée permet de faire en moyenne 32km. Pour débloquer la machine, il faut payer 1€, puis compter 0,15€ la minute. Pour éviter le vandalisme, la société montre à l’usager en 60 secondes comment se servir de la trottinette. Elle limite aussi ses services à 21 heures (les trottinettes sont alors mises à l’abri jusqu’à 5 heures du matin).

Une autre société américaine, Bird, propose également des trottinettes Xiaomi M365 : celles-ci sont un peu plus compactes et discrètes (de couleur noire) que celles de Lime.

En juillet 2018, Lime annonçait une dizaine de milliers d’utilisations en 3 semaines. Cependant, certains pointent déjà du doigt les trottinettes. Ils les estiment dangereuses face aux bus et aux voitures, car elles gêneraient sur les routes. Certains usagers ne tiennent pas compte du fait qu’assimilable à un vélo, une trottinette ne peut pas rouler sur les trottoirs. D’autres vont à l’encontre de l’économie de partage, en garant l’engin dans leur propriété et faussant la géolocalisation. Enfin, au bout du compte, une trottinette s’avère plus chère que le ticket d’un bus. Un tableau un peu moins reluisant que la vocation primaire…

Les nouveaux moyens de locomotion en ville, plus d’inconvénients que d’avantages ?

Concernant l’autopartage, le bureau de recherche 6-t a préconisé la densification du réseau de stations, la diversification des modèles de véhicules, la facilitation de l’accès au service et la promotion de l’autopartage auprès des entreprises et collectivités. Concernant le vélo en free floating, des observateurs ont évoqué que les gens seraient plus motivés à l’adopter s’il y avait plus de pistes cyclables.

Néanmoins, si ces mesures sont effectivement sensées, il convient de noter que tous les inconvénients annoncés ont un point commun : un problème de conscience et/ou d’éducation. Il ne faut pas renier l’essence du partage. Les usagers doivent être responsabilisés quant à la nécessité de respecter l’espace public et les autres usagers.

Il devra en être ainsi pour tous les autres moyens de locomotion que l’on inventera. Car d’autres sont déjà à l’étude. Par exemple, en juin 2018, Rodin Lyasoff, CEO d’A3 du Groupe Airbus, présentait le prototype d’un mini-avion de type Vertiport, baptisé Vahana. Évoquant l’encombrement des routes et la sous-exploitation du ciel, il a pris en exemple le fait que le trajet « Mountain View - San Francisco », soit environ 60 km, prenait 2 heures en cas de trafic automobile important, alors qu’en avion, « San José (San Francisco) - Los Angeles », soit environ 548km, prenait moins de temps [ndlr : 1h15m]. Pour le moment, le prototype peut accueillir 1 personne et parcourir environ 30 km en 15 minutes pour environ 50 euros. Cependant, une version avec au moins 2 places est en cours d’étude, de même que les possibilités pour un tarif à 35 euros. Se rendre au bureau en avion est dans un futur proche, qu’en pensez-vous ?

Pour aller plus loin :

https://6-t.co/wp-content/uploads/2017/05/ENA1bis_synthese-6p_170427.pdf*

https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/rapport-complet-ena.pdf

http://www.credoc.fr/pdf/Rech/C337.pdf

https://www.cerema.fr/fr/system/files/documents/2018/02/duee2017-jour1-session1-4-nicolas_louvet_cle7c2b7a.pdf

http://www.villes-cyclables.org/modules/kameleon/upload/v-v78_freefloating.pdf

https://mbamci.com/economie-collaborative-ca-change-tout/ 

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