Écoquartier : depuis quelques années, l’expression fait florès. Ces quartiers innovants se développent un peu partout sur la planète. En France, 500 projets d’écoquartiers sont en cours. Mais qu’est-ce qui se dessine exactement ?

Qu’est-ce qu’un écoquartier ?

Faire de la ville le creuset du développement durable : telle est l’ambition portée par les écoquartiers. Une ambition certes logique, puisque 75 % de toutes les énergies sont consommés au sein des agglomérations… Dont la taille moyenne a augmenté de 78 % en un demi-siècle ! (2)

Concrètement, un écoquartier est une zone urbaine dont la conception, l’aménagement et la gestion se font dans le strict respect des préceptes du développement durable. En d’autres termes, il s’agit d’édifier et d’administrer des quartiers qui satisfont aux besoins actuels de la population, sans alourdir la dette écologique que celle-ci laisse aux générations futures.

Bien sûr, cette démarche est d’abord écologique – c’est ce qui apparaît explicitement dans le terme « écoquartier ». Mais pas que ! L’enjeu est aussi bien social, économique et environnemental. Il prend aussi en compte le besoin d’une nouvelle forme de gouvernance. L’objectif n’est pas seulement de limiter la consommation d’énergie et de mieux trier les déchets. Un écoquartier ambitionne surtout d’être un lieu où l’on vit bien, dans de bonnes conditions, tous ensemble – en intégrant les enjeux d’aujourd’hui et de demain.

Quelles sont les ambitions d’un écoquartier ?

On reconnaît donc un écoquartier à sa façon de mixer ces enjeux qui vont du collectif (construire mieux et moins gourmand en énergie, créer des points de collecte des déchets) à l’individuel (ranger sa voiture au garage et consommer plus raisonnablement). Six grandes caractéristiques permettent de définir un quartier durable :

1- La réduction des besoins en énergie. Aux bâtiments à basse consommation, édifiés selon des normes strictes et à l’aide d’écomatériaux, il faut ajouter le recours aux énergies renouvelables (solaire, biomasse, éolien…). L’idée étant de produire plus de ressources énergétiques que n’en consomment les habitants.

2- Une meilleure gestion de l’eau. Celle-ci passe par la récupération des eaux pluviales et leur utilisation pour des besoins quotidiens (fonctionnement des sanitaires, arrosage des jardins et des espaces verts…).

3- Des déchets réduits et valorisés. Au-delà du tri collectif, il s’agit aussi de mieux gérer la circulation des déchets au sein du quartier (à l’exemple du réseau souterrain mis en place dans un écoquartier de Stockholm). Et d’inciter au compostage des déchets organiques via des points de collecte, afin de s’en servir comme engrais.

4- La mixité sociale, culturelle, générationnelle et fonctionnelle. Exit le zonage urbain comme on le pratique depuis les années 60 ! L’écoquartier appelle de ses vœux un mélange des populations et des usages, de façon à favoriser la diversité et créer de plus de proximité entre les habitations, les bureaux, les services et les commerces – à la façon de la ZAC de Bonne à Grenoble. Cet enjeu passe également par la centralisation : dans un écoquartier, vous pouvez faire vos courses, pratiquer un sport et aller voir un spectacle dans un rayon de quelques centaines de mètres !

5- La réduction de la place de la voiture, au profit des transports collectifs et doux. Une place importante est donnée à la marche à pied (piétonnisation des voies) et au vélo (développement des pistes cyclables, parkings à vélos sécurisés). Tout est fait pour faciliter l’accès aux lignes de bus, de tram et de métro. Dans le même temps, une réflexion est menée pour optimiser le stationnement (mutualisation ou gestion par foisonnement).

6- L’intégration des habitants à la conception et à la gestion du projet, dans une démarche de gouvernance écocitoyenne.

Écoquartier : un rêve confronté à certaines réalités

Fort de toutes ces caractéristiques, le concept d’écoquartier possède un attrait exceptionnel. C’est la promesse d’une vie de qualité, où les catégories sociales et les générations vivent en bonne entente et trient ensemble leurs déchets, après être rentrées de leur travail à pied ou en vélo. Même si, inévitablement, ce portrait idéal se heurte à certaines réalités.

Les ambitions de l’écoquartier (devenu un label gouvernemental en 2012 en France) sont sans doute élevées et prennent le risque d’une possible déception. Prenez l’enjeu social, par exemple : la diversité résidentielle ne suffit pas à assurer la mixité sociale au sein des immeubles. D’autant plus que l’écoquartier, en tant que projet de rénovation urbaine, a tendance à tirer les prix de l’immobilier vers le haut, excluant de fait certaines catégories de la population, comme on peut le constater à Stockholm ou Malmö (deux pionniers du quartier durable).

À y regarder de plus près, d’autres défis surgissent. Par exemple, comment s’assurer que les bâtiments basse consommation restent compatibles avec des normes de performance énergétique qui deviennent plus rigides ? La centralisation des services, génial ! Mais cette ambition se confrontera tôt ou tard avec un modèle urbain ancré depuis des décennies, qui pousse les habitants à faire leurs courses en périphérie des villes.

L’écoquartier repose sur l’écocitoyenneté, donc sur la concertation. L’enjeu est de mettre tout le monde d’accord. Construire le « vivre-ensemble » en faisant en sorte que le « quartier durable » ne se résume pas à un slogan politique destiné à capter des voix écologiques.

En somme, l’écoquartier est une belle idée… qui oeuvre pour devenir réalité !

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