Avec l’hiver vient l’espoir d’une belle neige. Celle-ci annonce qu’il est temps de se ressourcer dans les montagnes, de profiter de reliefs majestueux drapés de blanc et d’un air certes froid, mais pur et vivifiant… Sauf que ces dernières années, les saisons changent. La pluie s’invite plus que les flocons de neige. Ceux-ci ne tombent plus aussi longtemps qu’auparavant.

Se pose alors la question du réchauffement climatique. La hausse des températures sur la surface de la Terre aura-t-elle raison de l’hiver montagnard ? Doit-on craindre des conséquences pour les pistes de neige, le tourisme et les sports hivernaux ? Quelques réflexions autour de ces sujets dans le présent dossier.

Réchauffement climatique, la menace planant au-dessus de nos montagnes…

Les émanations provenant de notre consommation d’énergies fossiles (pétrole, charbon…) sont en train de déséquilibrer les proportions des gaz à effet de serre de notre très chère planète bleue. Conséquence : depuis 1850, la température mondiale augmente progressivement… Cette hausse impacte directement le cycle de l’eau, qui participe au phénomène d’évaporation, ainsi qu’à la formation des précipitations, des glaces et de la neige…

La fonte des glaciers et des neiges impacte l’écologie montagnarde

Grâce à leurs réserves de neige, les montagnes constituent normalement de véritables châteaux d’eau. En effet, la fonte des glaciers se formant sur ces reliefs détermine les volumes des rivières y prenant leurs sources. La neige fait que les étiages ne dépassent pas un seuil critique et qu’une quantité limitée d’eau est toujours assurée, même durant les périodes chaudes et sèches.

Un enneigement optimal nécessite des conditions de températures et de précipitations idéales. Or, les montagnes souffrent plus du réchauffement climatique que les plaines. La température moyenne s’y élève plus que sur le reste de la planète. D’ailleurs, notons que les scientifiques considèrent l’enneigement comme un excellent indicateur de l’évolution du climat.

Dès lors, sur les montagnes, la neige fond plus rapidement. Il s’ensuit une diminution de l’enneigement : les surfaces recouvertes de l’or blanc manquent d’épaisseur et sont réduites. En parallèle, sous le réchauffement climatique, il pleut plus qu’il ne neige. La période d’enneigement se retrouve alors raccourcie.

Selon des données rapportées en février 2017, la surface des glaciers pyrénéens s’est déjà réduite de 85 % depuis le 19ème siècle, perdant un mètre de glace par année. D’après des informations émises en avril 2018, le Col de Porte a affiché une diminution de 39 cm de l’épaisseur moyenne de sa neige hivernale pour la période 1990-2017, par rapport à la période 1960-1990. Concernant le raccourcissement de la période de neige, des chercheurs suisses ont prévu qu’à la fin du siècle, le nombre de jours d’enneigement à 1 500 m pourrait être réduit de plus de 50 %. Les basses altitudes ne connaîtraient quant à elles que 2 jours de neige au maximum.

Or, lorsque la neige vient à manquer, la nature ne dispose pas de ressources suffisantes pour créer des « châteaux d’eau », entrainant une diminution des réserves pour l’été. Ce phénomène perturbe l’irrigation agricole, tout comme l’alimentation des barrages et donc, la production hydroélectrique. Avec la sécheresse, la faune et la flore risquent de se raréfier. La menace d’incendie tend en outre à être plus importante.

En parallèle, sous le réchauffement climatique, le risque qu’une épaisse couche de neige fonde rapidement s’accroît : ceci augmente le risque de survenues de fortes crues dans les moyennes et basses altitudes, avec le danger d’inondations. Ces phénomènes amplifient les risques d’érosion, de chutes de pierre et d’instabilité des chemins. Il arrive ainsi que des villages de montagne soient coupés du reste du monde à cause d’inondations, ce qui cause également des problèmes d’approvisionnement. Après de tels épisodes, la qualité des eaux de surface s’en retrouve souvent altérée.

Lorsque le dérèglement climatique menace le tourisme d’hiver…

Si le réchauffement climatique fragilise nos ressources en eau douce, il met également en péril le tourisme d’hiver.

La menace plane notamment sur les stations de ski. En effet, l’enneigement diffère selon l’altitude : les hautes altitudes (au-dessus de 2 000 m) sont beaucoup moins affectées par les défauts d’enneigement que les moyennes altitudes (entre 1 200 et 2 000 m). Or, le plus souvent, les stations de ski se situent en moyenne altitude. Leur nombre devra alors se réduire. En parallèle, il faudra remonter vers les hautes altitudes pour skier. Cette activité risquera de ne convenir qu’aux professionnels ou à certains privilégiés.

Ensuite, des activités de ski imposent un enneigement fiable, ce qui n’est plus garanti avec le manque d’épaisseur de la neige. Enfin, comme il neige moins souvent, les stations de ski devront composer avec des saisons plus courtes.

Or, en termes de rentabilité, le ski surpasse les autres activités réalisables sur les montagnes, un forfait coûtant en moyenne 40 euros par jour (2017). Dans son bilan de février 2018, pour les 17 domaines skiables évalués (dont Chamonix-Mont-Blanc, La Plagne, Courchevel, Megève, Morzine, Tignes), la Cour des comptes a fait état d’un chiffre d’affaires total de 568,3 millions d’euros.

Par extension, le réchauffement climatique se répercutera aussi sur les compétitions sportives (alors que l’on connaît l’impact économique de ce genre de rencontres). Par manque de neige, le Canada, la Finlande, l’Allemagne et les États-Unis ont déjà été contraints d’annuler certains évènements ces dernières années. En 2050, près de la moitié des villes actuellement éligibles pour accueillir les Jeux olympiques d’hiver pourraient ne plus l’être.

Cependant, l’augmentation de la température sur les montagnes ne touchera pas seulement les domaines skiables et les activités nécessitant de la neige à proprement parler.

Selon une étude réalisée dans le cadre du projet Espace Alpin « ClimAlpTour », seule la pratique du VTT ne souffrira pas du réchauffement climatique, les perturbations de l’enneigement rendront vulnérables plusieurs autres activités :

  • La randonnée, l’alpinisme et la haute-montagne : lors des grosses périodes de chaleur, les vacanciers cherchent à profiter de l’air frais des montagnes. Seulement, la fonte des glaciers augmentera le risque de chutes de séracs, d’avalanches, d’écroulements, d’éboulements et de glissement de terrain. Ces phénomènes rendront dangereuse la pratique des activités précitées.
  • Les activités d’eau vive (canyoning…) et les baignades (dans les lacs, les piscines…) : ces divertissements risqueront de devenir difficiles, étant donné que le volume des rivières sera progressivement amputé face au manque de ressources en eau.

Or, concernant les Alpes par exemple, le tourisme occupe une place importante, surtout depuis la Seconde Guerre mondiale. En effet, la concurrence, la limitation des espaces cultivables et le mauvais ensoleillement avaient fait régresser l’agriculture et l’élevage. D’après le rapport de juin 2017 de l’INSEE, en 2013, le tourisme en montagne générait 68 600 postes, soit 7,4 % de l’emploi total.

Chercher des solutions au manque de neige…

En février 2017, 23 % des pistes de ski en France étaient recouvertes, non de neige naturelle, mais artificielle. En effet, il est possible de produire l’or blanc grâce à des canons dédiés. Cependant, cette opération se révèle coûteuse : elle nécessite de l’eau (alors que les réserves dans les montagnes se raréfient durant l’hiver), de basses températures pour former les cristaux de neige, et de l’électricité. D’après une étude publiée en mai 2016, l’enneigement d’un hectare de terre nécessite de mobiliser environ 4 000 m³ d’eau. Il faudrait alors recruter des volumes d’eau provenant des rivières, des nappes phréatiques, des réserves d’eau potable, des barrages hydroélectriques et des retenues collinaires. La question d’une pénurie et de conflits d’usage se poserait alors, d’autant que dans une station de ski, la neige ne représente pas le seul élément nécessitant de l’eau (il faut tenir compte des besoins en eau potable).

Pour préserver la neige naturelle, certains préconisent de profiter des glaciers existant encore en les aménageant. Il s’agit d’en ralentir la fonte en y installant des bâches blanches, chargées de renvoyer les rayonnements solaires.

Pour compenser le manque de neige, une autre solution consisterait à déplacer les domaines skiables vers les hautes altitudes en fonction des superficies où l’enneigement est fiable. Toutefois, les promoteurs intéressés auront à affronter diverses contraintes : des espaces plus limités et un écosystème très fragile, avec des coûts onéreux (alors qu’une station de ski en soi impose des investissements coûteux, à savoir l’entretien des équipements, l’emploi de dameuses…).

Sinon, il reste l’adaptation des comportements. Envisager un autre modèle d’économie sur les reliefs représente une alternative. Certes, le ski est la 1ère activité à laquelle l’évocation des montagnes ou du tourisme d’hiver réfère. Néanmoins, bien que non exclusives, d’autres activités restent possibles sur les montagnes, comme le vélo, le parapente, la montgolfière… Certaines stations de ski tentent déjà la diversification de leurs activités, en s’éloignant du produit « tout-ski » et en proposant un tourisme quatre saisons. Par exemple, la station de ski Praz-sur-Arly a aménagé des sentiers pour des balades en famille ainsi que des parcours spécialement conçus pour les promenades avec des poussettes. En effet, si les pistes sont fermées, il est possible de vaquer à une visite guidée de la station, à une sortie en raquettes à neige (réalisable même sur une neige insuffisante), ou encore à une découverte d’une fromagerie.

Solutionner le manque de neige ou le réchauffement climatique ?

Jusqu’ici, il était question de l’impact du réchauffement climatique sur le tourisme, notamment d’hiver. Cependant, il convient de noter que ces deux éléments sont embarqués dans un cercle vicieux. En effet, l’élévation des températures met à mal le tourisme… Mais ce dernier, en drainant des foules, est aussi à l’origine de la détérioration de la montagne et du réchauffement climatique.

D’une manière générale, le tourisme contribue à augmenter les émissions de gaz à effet de serre, notamment en générant du trafic routier, aérien et maritime. Dans une étude publiée en mai 2018, des chercheurs australiens, chinois et indonésiens, ont révélé l’importance de l’empreinte carbone due au tourisme mondial. Entre 2009 et 2013, celle-ci avait bondi de 3,9 à 4,5 gigatonnes (équivalent CO2), soit 15 % de plus en l’espace de 5 ans, mais surtout 4 fois plus que ce que les évaluations antérieures permettaient de prédire. Dès lors, afin de mettre la pression sur les émetteurs de CO2, l’idée d’une « taxe carbone » a été suggérée.

La qualité de l’air en montagne et le tourisme : le serpent se remord la queue

La qualité de l’air en station est elle aussi impactée par le tourisme, tourisme qui peut être amené à fuir certaines stations dès lors qu’il prend connaissance de la pollution qui y règne…

ATMO Auvergne-Rhône-Alpes relève que 80 % des activités touristiques dans la région homonyme se font en voiture. L’observatoire agréé par le Ministère de la Transition écologique et solidaire explique que la consommation de carburant est d’autant plus élevée en montagne que les pentes y sont ardues. Conséquence directe : les niveaux de concentration en NO2 sont élevés le long des routes d’accès aux stations de ski, et plus particulièrement aux abords des principaux axes de circulation.

Le chauffage au bois est une image d’Épinal pour le tourisme en montagne. S’il est mal maîtrisé, il participe alors au dégagement de particules PM10, elles aussi mauvaises pour la santé. Le chauffage au bois est plus utilisé dans les petites stations de ski… C’est pour cette raison que les concentrations de particules sont souvent plus importantes dans les centres de ces stations.

Mais notons que l’air circule mieux en altitude. L’air des hauts sommets est ainsi moins pollué que celui des fonds de vallées… où peuvent séjourner les touristes avant de partir pour les pistes.

Certains sites ont ainsi choisi d’adopter une transition écologique : Avoriaz est connue pour sa politique « Zéro Voiture », ses remontées mécaniques permettant d’éviter l’émission de CO2, ainsi que sa chaufferie centralisée biénergie (utilisant de l’électricité et du bois). Pour sa part, la station de La Plagne s’est dotée d’une chaufferie biomasse, alimentée essentiellement par des récupérations de palettes alimentaires (à 85 %, le reste étant assuré par des plaquettes forestières).

Doit-on finalement renoncer au tourisme, en particulier pour les sports d’hiver et les loisirs en montagne ? À votre avis, comment pourrait-on profiter de la nature de façon responsable sans amputer sur la qualité de son séjour ? Comment pouvons-nous faire pour la préserver sans renoncer aux joies du ski, des raquettes à neige, du patinage ou du snowboard ? Partagez à la communauté vos avis dans les commentaires !

Pour aller plus loin :

https://www.mtaterre.fr/dossiers/la-montagne-en-danger

https://www.tourisme-durable.org/actus/item/740-quel-avenir-pour-les-stations-de-montagne

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