Les systèmes urbains peuvent être plus durables que les zones rurales ou suburbaines. De nombreux pays et de nombreuses villes vivent déjà au quotidien le concept de durabilité. D’autres sont sur le chemin de la transition. Nous voyons ici comment se met en place une ville durable et quels sont les modèles existants.

Ville durable | Les villes durables peuvent-elles « se pérenniser » ?

Actuellement, plus de 50 % de la population mondiale vit dans des villes et des zones urbaines. Ces grandes communautés de personnes sont des terrains à la fois de défis et d’opportunités pour les concepteurs et les créateurs soucieux de l’environnement. Il y existe des bénéfices certains lorsqu’on travaille plus en avant à essayer d’atteindre les objectifs de la durabilité urbaine.

Les villes durables, englobant le concept d’écocité, sont conçues en tenant compte des impacts sociaux, économiques, environnementaux et résilients des populations existantes, sans compromettre la capacité des générations futures à en faire autant. Ces villes sont, en principe, habitées par des personnes qui se consacrent à la minimisation des apports nécessaires en énergie, en eau, en nourriture, en déchets et en production de chaleur. En d’autres termes, les habitants des villes durables cherchent avant tout à avoir une empreinte écologique la plus minime possible.

Par ailleurs, le concept de ville durable ou d’écocité renferme de nombreuses subtilités. Ce n’est pas un hasard si l’on n’observe que très peu de zones urbaines que l’on pourrait qualifier de « durables ». Mais avant de déterminer les éléments de durabilité et analyser des cas concrets, il est indispensable de définir ce concept.

Qu’entend-on par ville durable ?

Jusqu’à présent, il n’y a pas encore de définition entièrement convenue de ce qu’est, ou de ce que devrait être, une ville durable.  Il n’y a pas non plus de paradigme complètement entendu sur les éléments à inclure dans ce concept. Par ailleurs, les spécialistes en matière de développement conviennent qu’une ville durable devrait répondre aux besoins du moment sans sacrifier l’opportunité de développement des générations futures. L’ambiguïté qui existe au sein de cette idée conduit à beaucoup de variation sur la façon dont les villes enclenchent des tentatives pour devenir durables.

Ainsi, en survolant la bibliographie sur ce sujet, on s’aperçoit que le concept de ville durable est indissociable au concept de « développement durable ».

Voici la définition du développement durable faite par la Commission Bruntland :

« Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins ».

Lors de la  conférence URBAN21 qui s’est tenue  à Berlin en juillet 2000, on a plutôt défini le « développement urbain durable » comme le fait de :

« Améliorer la qualité de la vie dans une ville, y compris les composantes écologiques, culturelles, politiques, institutionnelles, sociales et économiques, sans alourdir le fardeau des générations futures, une charge qui résulte d'un capital naturel réduit et d'une dette locale excessive. L'objectif est que le principe de flux, qui repose sur un équilibre de matière et d'énergie, mais aussi d'intrants / extrants financiers, joue un rôle crucial dans toutes les décisions futures sur le développement des zones urbaines. » 

 

Les éléments de durabilité d’un espace urbain

Traduire la durabilité en pratique est une phase problématique. Il est donc important d’identifier les éléments de durabilité. Cette partie est particulièrement importante pour les décideurs en raison des différentes interprétations qu’il y a du concept de durabilité. Ainsi, l’évaluation de la durabilité passe par l’application des indicateurs de durabilité ou IS.

Les actions à mener pour déterminer les  indicateurs de durabilité :

- Évaluer les conditions et les tendances,

- Être comparable à travers les lieux et les situations,

- Évaluer les conditions et les tendances par rapport aux buts et objectifs,

- Fournir des informations d’alerte précoce,

- Anticiper les conditions et les tendances futures ; tels que les indicateurs de pollution de l’air.

En clair, et idéalement, une ville durable crée un mode de vie durable dans les quatre domaines suivants : l’écologie, l’économie, la politique et la culture. Par ailleurs, au minimum, une ville durable devrait d’abord être capable d’avoir une autonomie alimentaire caractérisée par une dépendance durable au milieu rural environnant. Deuxièmement, elle devrait pouvoir se doter de sources d’énergie renouvelables. Ici, l’important est de créer la plus petite empreinte écologique possible, tout en produisant une très faible quantité de pollution. Le tout, en utilisant efficacement la terre, le compostage de matériaux usagés,  le recyclage, ou encore la conversion des déchets en énergie.

Toutes ces contributions permettront aux impacts globaux de la ville sur le changement climatique d’être minimes.

Exemples pratique en matière de durabilité urbaine

Les initiatives françaises en faveur de la durabilité urbaine

En France, la problématique des villes durables est une véritable préoccupation nationale. D’ailleurs, le Ministère de la Cohésion des Territoires dispose d’un plan « Ville durable » dans lequel il développe ses initiatives en matière de durabilité urbaine.

Ecocités

L’initiative « Ecocités » est une réponse à la fois aux différents enjeux du changement climatique, mais aussi au défi qui consiste à soutenir la croissance et l’attractivité des grandes agglomérations urbaines françaises. Cette initiative entre dans le cadre du Programme « Ville de demain », dont le travail et de soutenir financièrement les projets d’intégration urbaine et d’innovation écologique. Il s’agit ici de favoriser les nouvelles méthodes de conception, de construction et de gestion durable des villes.

Vivapolis

Autre initiative du Ministère de la Cohésion des Territoires, Vivapolis est un réseau qui regroupe les acteurs des secteurs publics et privés qui interviennent dans la durabilité urbaine ; que ce soit dans la conception, la construction ou la gestion du fonctionnement des villes durables. Il s’agit avant tout d’un espace de rencontre, d’échange, d’entre-aide, mais aussi d’action. En effet, le réseau Vivapolis va permettre aux différents acteurs de réfléchir ensemble sur des problématiques communs.

Ainsi, Vivapolis s’articule autour de trois axes : l’innovation, la valorisation et l’action internationale. En matière d’innovation, le réseau va permettre d’améliorer la visibilité des résultats de recherche en matière de durabilité urbaine, mais également de diffuser et vulgariser rapidement les innovations. L’axe de valorisation et l’action internationale sont complémentaires et visent à mettre en valeur le savoir-faire français en matière de durabilité urbaine.

Les ÉcoQuartiers

Avec les ÉcoQuartiers, le  Ministère de la Cohésion des Territoires tient un projet d’aménagement urbain dont les contours ont été conçus en suivant les principes du développement durable. Ici, il s’agit de créer des quartiers qui fonctionneront de façon durable. Cet objectif passe par la construction ou la rénovation des bâtiments et des infrastructures ; que ce soit dans les grandes agglomérations, les quartiers sensibles et les zones rurales.

Mais il n’y a pas que le paysage architectural qui doit subir des modifications. L’initiative «  ÉcoQuartiers » mise également sur une approche multi-facettes qui mobilise la participation de chaque habitant du quartier. Chaque citoyen, élu et acteur du secteur public et privé, est appelé à contribuer à la création d’un cadre de vie sain, sûr et écologique. Les ressources locales doivent être mises en valeur à travers la promotion des bonnes pratiques en matière de gestion durable.

La durabilité urbaine ailleurs qu’en France

Certaines villes à travers le monde sont déjà très avancées en matière de durabilité urbaine. Nous allons prendre quelques villes en exemple et voir où elles en sont.

Copenhague (Danemark)

Copenhague est une ville où les vélos sont plus nombreux que les voitures. La ville vise notamment à devenir la première capitale mondiale neutre en carbone d’ici 2025. Mais déjà, Copenhague  est le pionnier de la transition écologique, du recyclage et de l’upcycling, de la mobilité verte, des énergies renouvelables, mais aussi des solutions de ville intelligente.

Il convient de noter que Copenhague est l’une des villes les plus importantes en matière de conception d’infrastructures durables. En 2010, Copenhague a commencé à intégrer les toits verts dans ses stratégies de développement urbain et a exigé que chaque nouveau bâtiment ait un toit vert.

Il y a environ 2260 hectares d’espaces verts accessibles au public à Copenhague, ainsi que 92 kilomètres de littoral. Au total, 96 % des habitants de Copenhague peuvent atteindre au moins un de ces espaces verts à pied en 15 minutes maximum. Au cours de la période 2015-2025, la municipalité de Copenhague a pour objectif de planter 100 000 nouveaux arbres.

Adélaïde (Australie)

À Adélaïde, en Australie-Méridionale, l’ancien premier ministre Mike Rann (2002 à 2011) a lancé une initiative de forêt urbaine en 2003 pour planter 3 millions d’arbres et d’arbustes indigènes sur les 300 sites dans la région métropolitaine. Les projets sont diversifiés et comprennent de grands projets de restauration d’habitats et des projets locaux de biodiversité. Mike Rann avait notamment déclaré que le projet visait à embellir et rafraîchir la ville et à la rendre plus vivable ; améliorer la qualité de l’air et de l’eau ; réduire les émissions de gaz à effet de serre de la ville de 600 000 tonnes de CO² par an. Il a ajouté qu’il s’agissait aussi de créer et de conserver un habitat pour la faune et de prévenir la disparition d’espèces menacées.

Le gouvernement Rann a également initié une stratégie de recyclage « Zéro Déchet ». D’ailleurs, en 2011, Adélaïde a atteint un taux de recyclage de près de 80 % avec plus de 4 millions de tonnes de matériaux recyclés. Par habitant, c’était le meilleur résultat à travers toute l’Australie. Deux ans plus tôt, en 2009, le même gouvernement avait déjà interdit l’utilisation des sacs en plastique non réutilisables utilisés dans les caisses des supermarchés. Cette décision va empêcher que 400 millions de sacs en plastique ne soient jetés dans la nature chaque année.

Dublin (Irlande)

Le conseil du comté de South Dublin a annoncé fin 2007 la mise en place de Clonburris, une nouvelle banlieue de la ville de Dublin. Elle comprend jusqu’à 15 000 nouvelles habitations  conçues pour atteindre les normes internationales les plus élevées. Clonburris dispose actuellement d’innombrables innovations écologiques telles que le niveau élevé en matière d’efficacité énergétique, l’utilisation obligatoire d’énergie renouvelable pour le chauffage et l’électricité, l’utilisation de matériaux de construction recyclés pour distribuer la chaleur. Enfin, il y a l’interdiction de l’utilisation des séchoirs à tambour, des zones de séchage naturelles étant fournies à la place.

Clark Green City (Philippines)

Clark Freeport Zone est une ancienne base aérienne des États-Unis aux Philippines. Elle est située au nord-ouest d’Angeles City et à l’ouest de la ville de Mabalacat. Un projet de plusieurs milliards de dollars permettra de transformer l’ancienne base aérienne de 36 000 hectares en une combinaison de zones industrielles, commerciales et vertes. Le cœur du projet est une métropole de 9 450 hectares baptisée « Clark Green City ». Les constructeurs utiliseront le système de construction écologique pour produire des structures respectueuses de l’environnement. Ses installations exploiteront les énergies renouvelables telles que l’énergie solaire et hydraulique.

Fribourg (Allemagne)

Aucun autre pays n’a mis en place plus de projets de villes durables que l‘Allemagne. Fribourg est souvent désignée comme une ville verte. D’ailleurs, elle est connue pour la puissance de son industrie de l’énergie solaire. De plus, c’est l’une des rares villes où le Maire est issu d’un parti écologiste. Le quartier de Vauban à Fribourg est un modèle de quartier durable. Toutes les maisons y sont construites selon des normes de faible consommation d’énergie et tout le quartier est conçu pour qu’on n’ait pas besoin d’utiliser de voitures.

Conclusion : « durable = avenir »

Bien que le concept de ville durable couvre un large champ d’application, tous les spécialistes s’accordent sur le fait que le principal objectif est de préserver l’avenir. Par ailleurs, il ne faut pas penser que le processus de création d’une ville durable et la mise en place d’un projet de durabilité urbaine soient faciles. Les villes durables comme Copenhague et Fribourg ne se sont pas développées en un seul jour.

Bien évidemment, il faut des investissements, une véritable volonté politique, mais aussi une adoption par la population. Le travail de sensibilisation et de vulgarisation des concepts de ville durable, de durabilité urbaine et de développement durable, doit être accentué. Les décideurs et les acteurs ne doivent-ils pas focaliser leurs efforts sur ce travail de proximité ?

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