En 2018 pour la première fois, le Salon de l’agriculture accueille un stand consacré à l’agriculture urbaine. Paradoxe ? Car les techniques de production hors-sol qui rendent possible l’agriculture urbaine tendent à favoriser l’idée que les terres agricoles, elles, ne sont plus indispensables.

Quand nature et technologie deviennent amies

En 2050, 80 % de la population mondiale sera citadine (1). Ces prévisions poussent les collectivités et les acteurs locaux à encourager l’éclosion de l’agriculture urbaine. Jardins partagés, espaces végétalisés entre les immeubles, potagers et ruches installés sur les toits… La ville moderne se veut agricole et préoccupée par les enjeux sociaux, écologiques, environnementaux et pédagogiques.

Cette agriculture urbaine, pour exister, développe des techniques de production hors-sol adaptées au manque d’espace. L’hydroponie est l’une de ces techniques, parmi les plus plébiscitées. Elle consiste à cultiver fruits et légumes en se passant d’un sol agricole, grâce à des supports alternatifs (billes d’argile, laine de roche, fibres de coco) et à la circulation en continu d’une eau enrichie en éléments nutritifs. Le tout à l’intérieur de containers, en sous-sol ou dans des « fermes verticales » comme on en voit pousser à Singapour. 

Du cultivateur au chimiste

L’hydroponie résulte d’un savoir-faire ancien, remis au goût du jour dans l’horticulture depuis le milieu du XXe siècle. En France, 70 % des tomates sont produites par ce biais. Dans le cadre de l’agriculture urbaine, cette technique permet d’augmenter le rendement en utilisant moins de foncier : une colonne de 2 mètres permet de cultiver 52 salades, contre 9 seulement dans 1m2 de terre (2).

Certes, l’hydroponie s’accompagne aussi d’une réduction importante des volumes d’eau nécessaires : jusqu’à 90 % en moins. Mais, dans le même temps, cette méthode suppose d’utiliser de grandes quantités d’engrais qui sont loin d’être 100 % organiques, à base de nitrate de calcium et/ou de phosphate de magnésium. En outre, l’utilisation d’acides impacte le cycle de l’eau dans des proportions encore difficiles à estimer. Dans ces conditions, l’agriculteur ne joue-t-il pas plutôt au petit chimiste ?

L’agriculture urbaine, une menace pour les terres agricoles ?

L’emploi d’engrais en quantité n’est pas le problème le plus important posé par l’agriculture urbaine hors-sol. Cette méthode interroge surtout sur l’avenir des terres agricoles. Celles-ci disparaissent déjà à un rythme alarmant en raison du grignotage urbain : l’urbanisation avale l’équivalent de la surface agricole d’un département tous les 6 ans (3). C’est que le foncier est un enjeu prégnant, et la colonisation des terres agricoles une réalité d’autant plus inquiétante que le tissu urbain grandit et dévore sans s’arrêter, à la façon d’un ogre gigantesque.

Dans ces conditions, l’hydroponie pourrait fort bien servir d’argument à ceux qui entendent affermir ce mouvement, sur le mode : « puisqu’on peut cultiver sans terre, pourquoi faudrait-il préserver les sols agricoles » ? Le véritable danger est ici.

En somme, l’agriculture urbaine doit trouver sa place comme complément (à l’agriculture pleine terre) plutôt que comme remplacement. Jardins partagés et autres fermes verticales doivent se nicher dans les creux de la ville sans remettre en cause les nécessités de l’agriculture traditionnelle. Là est le véritable enjeu !

N'hésitez pas à partager vos bons plans pour faire un potager dans votre appartement en commentaire :)

(1)http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/agriculture_urbaine.pdf

(2)https://www.bastamag.net/L-agriculture-urbaine-hors-sol-solution-miracle-ou-encouragement-a-la

(3)http://immobilier.lefigaro.fr/article/l-urbanisation-avale-la-surface-agricole-d-un-departement-tous-les-6-ans_20fd866c-45d9-11e7-8008-792ac8b48add/

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