Vous pensez peut-être que la maison autonome est une étape régressive. Ce n’est pas le cas ! Il ne s’agit pas simplement d’une vision romantique du « retour à la terre ». Au contraire, c’est une direction différente que la société peut prendre ; que vous pouvez prendre. Mais est-ce que c’est réalisable ? Est-ce que chacun peut avoir accès à une maison durable ? Voilà les principales interrogations auxquelles nous allons répondre.

Maison autonome | Est-ce le futur du logement ?

Bien qu’il soit possible de survivre avec la technologie préindustrielle, ce n’est pas ce que propose la vie autonome. Néanmoins, à l’heure actuelle, la technologie semble être exploitée pour elle-même, sans penser à ses avantages, à ses utilisations ou à ses effets sur les personnes ou l’environnement extérieur.

Avant d’entrer dans les détails techniques à prendre en compte lors de la création d’une maison autonome, nous allons d’abord donner des explications étymologique et historique du concept de « maison autonome ».

Qu’est-ce qu’on entend par « maison autonome » ?

La maison autonome est définie comme une maison fonctionnant indépendamment de tous les intrants traditionnels. En effet, une maison autonome n’est pas reliée aux réseaux du gaz, de l’eau, de l’électricité ou des égouts. Au contraire, elle fonctionne en utilisant son environnement immédiat, c’est-à-dire l’énergie du soleil, du vent et de la pluie, pour traiter ses propres déchets. À certains égards, elle ressemble à une station spatiale terrestre conçue pour offrir un environnement propice à la vie, mais sans aucun rapport avec la structure de la vie sur Terre.

On peut inclure dans le concept d’autonomie l’autosuffisance alimentaire et l’utilisation de matériaux sur site pour la construction. Le concept englobe également le fait d’emmener  la technologie du bâtiment et de l’entretien à un niveau où les techniques peuvent être comprises par une personne qui ne dispose pas d’une formation spécialisée.

Comment est né le concept de « maison autonome » ?

Dans les années 1970, un groupe d’activistes et d’ingénieurs se faisant appeler les Nouveaux Alchimistes croyaient aux avertissements d’épuisement imminent des ressources naturelles de la Terre. Les Nouveaux Alchimistes étaient connus pour la profondeur et la précision qu’ils apportaient à la conception de leurs projets.  D’ailleurs, ils ont publié les plans de chacun des projets, avec des devis détaillés. Le projet « ARK », par exemple, utilisait le pompage de l’eau à base d’énergie éolienne et d’énergie solaire et était également autonome en matière de production alimentaire. Aujourd’hui, les Nouveaux Alchimistes se réincarnent dans le « New Alchemy Institute ».

Dans les années 1990, on a également vu le développement d’Earthships, projet qui avait les mêmes intentions qu’ARK. Les grandes lignes du projet, incluant les détails des constructions, ont été publiées dans une série de trois livres écrits par Mike Reynolds. On y apprend notamment que le système d’approvisionnement en eau provient de l’eau de pluie qui est utilisée pour la fabrication de boissons, le lavage, puis l’arrosage des plantes. L’énergie, incluant l’électricité et le chauffage, provient de l’énergie solaire. D’autre part, les architectes des années 1990 tels que William Mc Donough et Ken Yeang ont appliqué le principe des bâtiments respectueux de l’environnement aux grands bâtiments commerciaux et administratifs. D’ailleurs, le siège d’ING à Amsterdam, aux Pays-Bas, a été construit pour être autonome et artistique.

Siège d’ING à Amsterdam

 

Les avantages d’une maison autonome

Les bâtiments autonomes peuvent accroître la sécurité et réduire les impacts environnementaux en utilisant les ressources sur place ; comme la lumière du soleil et la pluie. L’autonomie réduit souvent et considérablement les coûts et les impacts des réseaux qui desservent le bâtiment, car l’autonomie court-circuite les imperfections dans les processus de collecte et de transport des ressources. D’autres ressources, comme les réserves de pétrole et la rétention du bassin versant local, peuvent aussi être conservées à moindre coût grâce à des conceptions réfléchies.

Les bâtiments autonomes sont généralement économes en énergie, et donc rentables. La raison évidente est que les besoins énergétiques courants sont plus faciles à satisfaire hors réseau. Ainsi, les bâtiments autonomes peuvent remplacer la production d’énergie et utiliser d’autres techniques pour éviter les rendements décroissants lors du processus de conservation extrême.

Par ailleurs, il est important de noter le fait qu’une infrastructure autonome n’est pas toujours écologique. L’objectif de l’indépendance vis-à-vis des systèmes de soutien est associé, mais pas identique, à d’autres objectifs de construction respectueux de l’environnement. Cependant, les bâtiments autonomes comportent généralement un certain degré de durabilité grâce à l’utilisation d’énergies renouvelables et d’autres ressources renouvelables, ne produisant pas plus de gaz à effet de serre qu’ils n’en consomment.

Les inconvénients d’une maison autonome

Fondamentalement, l’autonomie est une question de degré, avec beaucoup de choix qui s’imposent. Par exemple, éliminer la dépendance au réseau électrique est relativement facile. En revanche, gérer une source de nourriture efficace et fiable peut être une véritable corvée. Vivre dans un refuge autonome peut également nécessiter des sacrifices en matière de style de vie ou d’opportunités sociales. Même les maisons autonomes les plus confortables et technologiquement avancées pourraient exiger un changement de comportement de la part des résidents.

Une maison autonome doit être construite sur mesure ou faire l’objet d’une rénovation en profondeur, en fonction du climat et de l’emplacement. Les techniques solaires passives, les systèmes de toilettes et d’égouts alternatifs, les conceptions de masse thermique, les systèmes de batteries au sous-sol, les fenêtres efficaces et les autres techniques de conception qui peuvent rendre une maison autonome exigent un certain degré de construction qui s’éloignent des standards, des dépenses supplémentaires, une expérimentation et un entretien continu. Toutes les modifications à faire ont un effet sur la psychologie de l’espace.

Les éléments constitutifs d’une maison autonome

Dans cette section, nous allons essayer de décrire les systèmes que l’on utilise dans une maison autonome. Il s’agit d’un aperçu indispensable pour avoir une bonne idée de la faisabilité d’un tel bâtiment. Nous allons également essayer de donner un sens aux tendances modernes liées à l’autonomie.

L’eau

Il existe de nombreuses méthodes de collecte et de conservation de l’eau. D’ailleurs, il est important de savoir que la réduction de l’utilisation de l’eau est rentable. L’un des systèmes les plus utilisés est le système de récupération des eaux grises. Il consiste à réutiliser l’eau de lavage pour vider les toilettes ou arroser les pelouses et les jardins. Ce système permet notamment de réduire de moitié l’utilisation d’eau dans la plupart des bâtiments résidentiels. Cependant, il nécessite l’achat d’un puisard, d’une pompe de pressurisation des eaux grises et d’une plomberie secondaire. Il convient de noter que certains constructeurs installent même des urinoirs sans eau et même des toilettes à compost qui éliminent complètement l’utilisation d’eau.

La solution la plus classique et qui nécessite le moins de changements dans le style de vie est  l’utilisation d’un puits. Par ailleurs, l’eau provenant d’un puits peut être contaminée dans certaines régions, mais en utilisant un filtre sono-arsenic, par exemple, on peut éliminer l’arsenic malsain dans l’eau d’un puits. Cependant, le forage d’un puits est une activité incertaine, avec des aquifères qui s’épuisent dans certaines régions du monde. Cela peut aussi être coûteux.

L’électricité

Puisque l’électricité est un besoin très coûteux, le premier pas vers l’autonomie est de concevoir une maison et un style de vie permettant de réduire la nécessité d’utiliser de l’électricité. Les lampes à lumières LED, les ordinateurs portables et les réfrigérateurs fonctionnant au gaz économisent de l’électricité, bien que les réfrigérateurs fonctionnant au gaz ne soient pas très efficaces.

En utilisant un toit solaire, les cellules solaires peuvent fournir de l’énergie électrique. En effet, les toits solaires peuvent être plus rentables que l’énergie solaire réaménagée, car les bâtiments ont besoin de toits de toute façon. Les cellules solaires modernes ont environ une durée de vie de 40 ans, ce qui en fait un investissement raisonnable dans certains domaines. Si on trouve un bon angle, les cellules solaires peuvent être nettoyées par l’eau de pluie et n’ont donc pratiquement aucun impact sur le mode de vie.

Cependant, de nombreuses régions ont de longues nuits d’hiver ou des journées nuageuses. Dans ces climats, une installation solaire pourrait ne pas être rentable. Dans les climats orageux ou venteux, les éoliennes peuvent remplacer ou compléter l’énergie solaire. La maison autonome moyenne n’a besoin que d’une petite éolienne de 5 mètres ou moins de diamètre. Le principal avantage de l’énergie éolienne est que les grandes éoliennes ont un coût par watt plus faible que les cellules solaires, à condition qu’il y ait du vent.

Dans les grandes plaines des États-Unis, une turbine de 10 mètres de hauteur peut fournir suffisamment d’énergie pour chauffer et climatiser une maison entièrement électrique bien construite. D’ailleurs, l’éolien devrait bientôt devenir la première énergie renouvelable dans le pays.

Le chauffage

La plupart des bâtiments autonomes sont conçus pour utiliser l’isolation, la masse thermique, mais aussi le chauffage et le refroidissement passifs. Le chauffage solaire passif peut chauffer la plupart des bâtiments même dans les climats doux et froids. Dans les régions où le climat est plus froid, le coût d’installation de ce système est 15 % plus faible que l’installation d’un système de chauffage conventionnel. Dans les régions à climat chaud, celles qui ont moins de deux semaines de nuits glaciales par an, il n’y a pas d’impact sur les coûts. La condition de base pour le chauffage solaire passif est que les capteurs solaires doivent faire face à la lumière du soleil. De plus, le bâtiment doit incorporer la masse thermique pour le garder au chaud la nuit.

Les radiateurs électriques et les poêles électriques peuvent fournir de la chaleur sans créer de la pollution, mais utilisent de grandes quantités d’électricité. Si suffisamment d’électricité est fournie par des panneaux solaires, des éoliennes ou d’autres moyens plus durables, alors les radiateurs électriques et les poêles deviennent une conception autonome pratique.

Le chauffage de l’eau

Les systèmes actuels de chauffage de l’eau domestique combinent un système de préchauffage solaire avec un réchauffage thermostatique alimenté au gaz, de sorte que la température de l’eau soit constante. D’un autre côté, les chauffe-eau solaires peuvent économiser de grandes quantités d’énergie. Les radiateurs solaires purs sont particulièrement utiles pour les laveries, les piscines et les bains extérieurs, car ils peuvent être programmés pour une utilisation par temps ensoleillé.

L’astuce dans un système de chauffe-eau solaire est d’utiliser un réservoir de rétention bien isolé. Certains systèmes sont isolés sous vide. Le réservoir est rempli d’eau chaude durant les jours ensoleillés et est disponible à tout moment. En effet, contrairement à un chauffe-eau conventionnel, le réservoir n’est rempli que lorsqu’il y a du soleil. Enfin, il y a aussi les systèmes de cogénération qui produisent de l’eau chaude à partir de la chaleur perdue. Le dispositif reçoit généralement la chaleur de l’échappement d’un générateur ou d’une pile à combustible.

Tous ces types de systèmes, à savoir le recyclage thermique, la cogénération et le préchauffage solaire permettent d’économiser 50  à 75 % du gaz utilisé.

Certaines autorités préconisent le remplacement du gaz en bouteille ou du gaz naturel par du biogaz. D’ailleurs, en France, c’était en janvier 2018 que les premières bouteilles de biogaz ont été lancées.

La production alimentaire

La production alimentaire a souvent été incluse dans des projets historiques autonomes pour assurer la sécurité alimentaire. Le jardinage intensif et qualifié peut prendre en charge un adulte à partir de 100 m² de terre par personne. Cela peut nécessiter l’utilisation de l’agriculture biologique et de l’aéroponie (culture hors-sol). Certains systèmes de production alimentaire intensifs à faible effort incluent le jardinage urbain. La culture en intérieur peut être mise en place en utilisant la culture hydroponique (culture hors-sol où les racines des végétaux plongent dans un liquide nutritif), tandis que la culture en plein air peut être faite en utilisant la permaculture (agriculture durable) le jardinage en forêt et l’agriculture sans labour, entre autres.

Les serres font également partie des possibilités. Parfois, ils sont également équipés de systèmes d’irrigation ou de systèmes de puits de chaleur qui peuvent respectivement irriguer les plantes ou aider au stockage de l’énergie du soleil et la redistribuer la nuit, surtout quand les serres commencent à refroidir.

Conclusion : une maison qui gère son énergie

L’idée séduisante d’une maison générant sa propre énergie et recyclant ses propres déchets est presque aussi difficile à réaliser que l’idée d’une économie stable. Mise à part les limitations physiques des sources d’énergie, le système ne peut être que marginalement compétitif par rapport aux méthodes existantes. Mais ce n’est pas impossible ; loin de là ! Les conditions à respecter ne sont pas ni nombreuses ni restrictives. De plus, il ne faut pas avoir une grande expertise pour réussir à créer les conditions favorables à la mise en place d’une maison autonome.

Et vous, que diriez-vous de bâtir un logement autonome ou tout simplement de transformer votre home sweet home en maison autonome ? Connaissez-vous d’autres techniques ingénieuses rendre votre chez vous auto-gérant ?

Pour aller plus loin : 

La maison autonome ultime est sans aucun doute celle qui enregistre une consommation énergétique nulle. D’ailleurs, les initiatives qui visent à promouvoir les types de bâtiments à zéro émission ne manquent pas. L’une des plus marquantes des années 2000 est la fondation Energy Free Home créée par la Fondation philanthropique Siebel : http://www.energyfreehome.org/

Visitez une maison autonome en vidéo avec FranceTvInfo : https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/video-on-a-teste-une-maison-100-autonome-et-qui-consomme-tres-peu-d-energie_2688140.html

 

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