21/06/2017

IlS RÉINVENTENT LE BUREAU À 20 ANS

Ils sont venus des provinces pour vivre le rêve parisien et trouver leur place.

Très vite, ils ont développé chacun un talent et ensemble une grande envie de partager l’aventure collectivement dans un lieu dédié : « Pain Surprises » est né de cette envie. À 22 ans.

À Montreuil, le collectif s’est installé dans ce hangar, une ancienne usine de poupées, à la fois studio de prod, fablab, agence de happeners, de photographes, de vidéastes, de codeurs… Après quelques mois, le projet est devenu aussi un label – qui signe des fringues, des clips, des disques, des applis et des événements, bientôt un magazine… Ils réinventent une façon de vivre et de travailler ensemble. Et gagner de l’argent pour le réinvestir

« On voulait se professionnaliser, sans se prendre la tête… »

« Ce n’est plus au bas du mur qu’on voit le maçon : c’est tout en haut » dit le sage.
Ici on apprend en permanence : chacun tour à tour créatif, commercial, comptable… Quand une compétence manque sur un projet, on la cherche à l’extérieur. Les ressources ne manquent pas grâce aux réseaux.

Parfois, on invite un artiste à composer, une équipe à nous rejoindre en mode hackhaton, et on produit ensemble, nuit et jour pendant 8 jours. Les cooptations se font à l’unanimité. Alors, les diplômes des uns et des autres, on s’en fiche un peu. Ce qui compte quand on passe aussi vite du brainstorming ou « makestorming », c’est « qui fait quoi ».

Tous leaders, ils inventent ensemble l’intelligence collective, sans hiérarchie : « comment veux-tu être patron de ton pote » confie le chanteur…

Le principe d’organisation adopté à l’unanimité (après moult discussions), c’est la spyramidale, une pyramide horizontale, mouvante et adaptée aux besoins de chacun… Car l’avis de tous est important. Il faut savoir perdre du temps à confronter avant plutôt qu’après. C’est aussi l’intérêt d’un lieu informel qui mélange le « vivre » et le travailler en gommant de nombreuses frontières. Mais lorsque le besoin d’intimité est plus fort, ils n’hésitent pas à aller la chercher à l’extérieur, dans des collocations ou des squats en parfaite légalité.

Pour rendre ce collectif efficace en l’absence des règles et contraintes de l’entreprise, parfois même de salariat, ils ont conservé certains rituels comme la réunion, rebaptisée « réunion divine » ou « réunion sacrée » selon qu’elle se tient le lundi matin ou mensuellement…

SIGNAUX FAIBLES

« La réussite d’un projet repose selon The Boson Project à 24% sur le diplôme et à 40% sur le réseau. »

Pour cette génération née dans l’incertitude de la crise économique, il s’agit d’abord de faire confiance à soi-même et à ses proches. Cette forme de co-living est le lieu qui permet d’agréger des talents, de cristalliser un modèle d’organisation émergent, en laissant une part importante à la flexibilité. Ici, les relations interagissent selon un modèle d’organisation que Jean-François Noubel qualifie de holomidale (holos, le corps) par opposition au modèle pyramidal d’organisation de l’entreprise traditionnelle. Le tout fait partie de chacun et chacun porte le tout. Chacun interagit avec tous et il faut pour cela des places pour le collectif et pour les individus.

Génération Hackers… pour eux l’inconfort est une source de créativité – tout comme, par exemple, les réunions debout qui s’installent progressivement dans les bureaux plus conventionnels.
La définition du Hacker : c’est une personne qui détourne un logiciel ou un produit de son usage premier… C’est souvent un bon gars qui ne se contente plus depuis longtemps du statu quo. Les hackathons et les start-up week-ends sont aussi des événements qui comportent un volet important de « vivre ensemble » (54 heures non-stop) qui permet de faire émerger des projets, des personnalités, des innovations, qui auraient sans doute pris plusieurs mois dans une organisation de R&D traditionnelle.

LIENS AVEC LES GRANDES TENDANCES

La « coloc’ » au service des start-up, un modèle d’organisation importé de la Silicon Valley

Les startuppers californiens ne s’embarrassent pas trop du confort qui endort et fait durer les phases de préparation trop longtemps : plus c’est spartiate – et convivial – plus on a envie de faire décoller le projet vite et de sortir pour voler de ses propres ailes. Quoi qu’il arrive, ce moment de votre vie restera gravé pour toujours.

« Dans une « HackerHouse », tu sors de ta zone de confort – avec des personnes qui sont dans la même galère que toi… »

La HackerHouse n’est vraiment pas une maison comme les autres. C’est d’abord un modèle de communauté avec ses rites : pour faire vivre ensemble co-living et co-working, et créer le contexte bienveillant et efficient au service avant tout du projet. En matière de start-up, n’importe qui peut entreprendre mais peu réussissent – c’est pourquoi les HackerHouse offrent un accès à un espace de travail mixte, précaire et provisoire – à peu de frais (fixes) : bureaux et chambres partagées. « Un bureau, des lits, et un accompagnement fondé sur la communauté entourée des meilleurs entrepreneurs et des meilleures ressources ». C’est ainsi que The Family définit cet espace.

Faut-il industrialiser ce concept ou bien laisser la part de DIY* ?

Le sentiment de créer, de réinventer le monde, de construire une Home bienveillante pour les projets est une étape fondatrice du processus de développement… En confiant aux constructeurs le soin de réinventer ces espaces de co-living, on règle une partie des problèmes superflus (hygiène, fiabilité des installations…) tout en préservant le côté « IKEA» et « spontané » de l’expérience partagée.

* Do It Yourself

UN EXPERT EN COMMUNAUTÉS

Place à l’intelligence collective

Le désordre est juste une apparence car en fait les choses sont plutôt codifiées : des espaces dédiés au travail sous toutes ses formes – assis, debout, affalé, couché – aux places réservées à dormir, boire et manger…. Chacun à son rythme, selon sa sensibilité propre, ses goûts et ses horaires, sauf dans les moments de rituels (réunions) planifiés.
La première chose que tu partages, c’est le code wifi sur le mur pour te connecter 24/24. Pour le reste, la déco est résolument sobre, mais l’ensemble crée toujours une belle émotion. Ce qui compte vraiment, c’est que tout soit fluide, intuitif, naturel. Pour cultiver ton harmonie avec ton projet.

L’AGORA

Un lieu pour te connecter à ta communauté, et pour te simplifier la vie : ici la conciergerie dédiée permet d’assurer le minimum « syndical » : wifi, ménage, lessive, gel douche sont la base d’une vie saine et sereine – pour que chacun puisse rester focus et se consacrer à fond à sa mission. Ce confort basique compte beaucoup pour les startuppers. D’ailleurs, des nouveaux métiers se sont développés juste pour eux….

LIENS UTILES

Découvrez un terme qui résume ce nouvel état d’esprit – en opposition avec la bureaucratie : l’adhocratie (https://fr.wikipedia.org/wiki/Adhocratie)

Une façon de structurer ce mouvement de « co-living » : le parti des pirates https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_des_pirates (Allemagne)