La reconversion des friches industrielles constitue une alternative crédible pour parvenir à un renouvellement urbain. Le grand frein pour la mise en place d’un tel projet reste le coût considérablement élevé de la dépollution. Voyons ensemble comment fonctionne le processus de reconversion des friches industrielles.

Comment se déroule le processus de reconversion d’une friche industrielle ?

La reconversion durable d’une friche industrielle consiste à aménager des terres ou des infrastructures abandonnées ou sous-utilisées dans le but de créer une nouvelle utilisation à long terme. L’objectif est de redonner vie à la terre et à la communauté à laquelle elle appartient. En effet, il est parfaitement possible de revitaliser les installations industrielles et commerciales abandonnées.

Ces zones sont le plus souvent situées dans les parties centrales des villes et leur revitalisation se traduit par la création de nouvelles installations qui deviennent souvent des symboles ou des repères pour ces villes. En fait, la signification de la reconversion des friches industrielles est considérée sur la base des expériences américaines et européennes dans le contexte du développement durable des villes.

Qu’est-ce qu’on entend par friche industrielle ?

Bien que le terme de friche industrielle soit aujourd’hui largement utilisé, il n’a pas de définition collective reconnue. Sa signification varie. Quoi qu’il en soit, c’est un concept relativement nouveau, et son utilisation dominante au cours des deux dernières décennies aux États-Unis et en Europe n'a pas encore abouti à une définition commune.

Les friches industrielles peuvent varier en fonction de nombreux facteurs. En effet, il existe plusieurs types de friches industrielles. Elles sont classées selon différents critères. D’abord, il y a leur positionnement dans une communauté urbaine. Ainsi, on aura des friches industrielles qui se trouvent dans la zone centrale, en périphérie de la ville ou dans les zones historiques. On différencie également les friches industrielles en fonction de leurs objectifs. Ainsi, il existe des zones industrielles, des complexes militaires, des installations minières, des complexes ferroviaires, des zones côtières et des installations de services publics municipaux.

Ainsi, le processus de reconversion des friches industrielles peut être stimulé par divers facteurs. Les stimulants sociaux peuvent être soit positifs, soit négatifs, dans le contexte de la modification des besoins et des modes de vie ou de la résolution des problèmes sociaux comme les catastrophes naturelles et la pauvreté.

Les causes environnementales constituent également une incitation à la reconversion des friches industrielles et sont généralement de nature négative. Des raisons politiques peuvent également initier la régénération urbaine à travers des changements de gouvernement ou de régimes juridiques, ou l’adoption de nouveaux instruments de planification.

Le niveau de pollution dans les friches industrielles

D’un autre côté, toutes ces friches industrielles laissent derrière elles des polluants environnementaux, dont des produits chimiques et des résidus de métaux et de plastiques en tout genre. En plus de cette contamination, les friches industrielles dégradent l’environnement sur les plans visuel, esthétique, économique, sociologique, et même psychologique. Négliger ces facteurs peut entraîner des risques pour la santé. C'est pourquoi la reconversion des friches industrielles a son rôle dans le développement durable des zones urbaines.

D’ailleurs, pour déterminer si une communauté est durable ou non, il existe quelques critères d’évaluation, à savoir la croissance économique, la qualité de vie, le design urbain ou encore les dimensions environnementales. Ainsi, une communauté durable implique la floraison de la base économique, une communauté équilibrée, une architecture diversifiée affichant une disponibilité de l’espace public, un large éventail d’aménagements, et la présence de bâtiments répondant à des besoins divers, et enfin un environnement attractif.

En fait, l’objectif principal de la transformation des friches industrielles en zones résidentielles durables est de répondre à la dynamique complexe de la vie urbaine contemporaine, et à la revitalisation économique, environnementale et culturelle. Il faut savoir que la cohésion sociale et la diversité tiennent une place importante dans le processus. Ce dernier commence par l’analyse des problèmes urbains.

Reconversion des friches industrielles : partie intégrante de la régénération urbaine

Il est important de noter que la reconversion des friches industrielles est un facteur clé de la régénération urbaine. Cette régénération urbaine est très présente dans les politiques urbaines nationales. La mise en place de ce processus dépend du niveau de développement d’un pays. En effet, dans les pays développés, l’objectif principal est de promouvoir le « retour à la ville » et l’amélioration du cadre de vie.

Mais il faut aussi savoir que le besoin de régénération urbaine peut se produire pour plusieurs raisons. Parmi elles, on peut citer les raisons économiques comme les investissements privés limités et un milieu entrepreneurial en déclin, les raisons sociales comme la pauvreté et une population vieillissante, les raisons spatiales comme l’existence de zones résidentielles à haute densité d’habitants, les raisons environnementales comme la pollution de l’air et la dégradation du paysage urbain, et enfin les raisons institutionnelles comme un cadre de gestion urbaine complexe et désuet.

Ainsi, dans les zones urbaines dégradées, l’objectif est de développer un environnement physique qui attirera de nouveaux résidents et améliorera la qualité de vie. C’est pourquoi il est particulièrement important d’établir un lien clair entre le développement économique et la régénération physique. D’ailleurs, dans le projet RESCUE de l’Union Européenne qui a été lancé en 2002, on a pu avoir une vision similaire de la reconversion des friches industrielles : « La reconversion durable des friches industrielles est la gestion, la réhabilitation et le retour à l’utilisation bénéfique des ressources foncières des friches industrielles de manière à assurer la mise en œuvre et la continuité des besoins des populations actuelles et futures dans un environnement viable, institutionnellement robuste et socialement acceptable ».

En fait, la reconversion durable des friches industrielles combine trois piliers du développement urbain durable. En matière d’économie, le processus vise à générer du développement et de l’emploi ; il consiste aussi dans une amélioration écologique et environnementale ; et enfin, il cherche à instaurer une nouvelle vie dans les environnements urbains, offrant de nouvelles opportunités pour toute la communauté.

Contexte global des projets de reconversion durable des friches industrielles

L’aménagement de l’espace dans le contexte de reconversion des friches industrielles joue un rôle clé dans le développement durable en milieu urbain. En effet, l’urbanisme durable a des objectifs qui sont parfaitement complémentaires avec le concept de mutation des friches industrielles. En effet, toutes ces zones constituent un espace précieux pour le développement commercial et résidentiel afin de répondre aux besoins des populations urbaines en pleine croissance. Mais de nombreux urbanistes sont découragés par les risques élevés et la difficulté de calculer les coûts associés à l’assainissement des terres contaminées.

Malgré les difficultés que nous avons mentionnées précédemment, les friches industrielles constituent des lieux favorables pour la mise en place de quartiers durables, qu’on appelle communément « écoquartiers ». La reconversion des friches industrielles a connu ses prémices en Europe, notamment aux Pays-Bas et en Allemagne, avec l’application des principes de densité et de mixité au développement durable. À ses débuts, cette pratique voulait faire des écoquartiers, de parfaits exemples pour le développement durable appliqué à l’aménagement des villes. Le principal but était de faire oublier l’image de la ville industrielle traditionnelle que l’on associe souvent à la pollution et à l’austérité du paysage architectural.

De manière globale, ces quartiers durables ont été accueillis favorablement et sont vite devenus populaires en raison des objectifs tout à fait louables de ce type de projet. Par ailleurs, quelques spécialistes du développement durable ont émis des critiques sur le fait que ces tout premiers écoquartiers n’étaient accessibles qu’à une certaine catégorie de personnes. Dans un article publié dans le volume 71 de la revue « L’information géographique », consacrée au développement durable, Cyria Emelianoff, maître de conférence à l’université du Maine et chercheur au GREGUM-ESO, a notamment déclaré que seules les classes les plus aisées pouvaient s’offrir un logement dans les écoquartiers à cause de l’augmentation de la valeur foncière. Cette augmentation est due au fait que les premiers quartiers durables ont été aménagés en centre-ville ou à ses alentours.

Toujours dans le contexte européen, les villes européennes, confrontées à des problèmes en matière d’assainissement, de dégradation des terres et de déchets, ont décidé de se lancer dans la reconversion des friches industrielles pour entamer un processus de sensibilisation à l’environnement négative. C’est en grande partie pour faire face à ces difficultés que les villes européennes ont développé différentes stratégies de régénération urbaine. Réhabilitation physique, cohésion sociale, risque environnemental réduit, voilà les principales orientations empruntées par l’Europe pour parvenir à une reconversion durable des friches industrielles. Par la suite, ce sont les influences juridiques, politiques et autres qui ont largement déterminé le rythme de la reconversion des friches industrielles et de ses formes de transformation.

L’exemple français de l’île de Nantes

En France, le programme Îlink incarne le parfait exemple d’un projet urbain durable. Il s’agit d’un programme qui a été planifié ayant pour finalité de redynamiser l’île de Nantes. Cet îlot, qui était auparavant un site de chantiers navals, se transforme en un véritable quartier vivant. Il accueillera bientôt des logements, mais aussi des bureaux et des locaux commerciaux. L’ensemble de l’îlot occupe d’une superficie de 22 300 m². Ce tout nouveau quartier va s’engager à mettre en œuvre certaines priorités, comme l’accueil des familles, l’utilisation de la densité pour offrir des habitations avec beaucoup de lumière et d’espace. D’ailleurs, le site a pour ambition d’accueillir près de 3000 nouveaux habitants, dont 2000 personnes actives.

Il convient de rappeler que le projet Îlink entre dans le cadre d’une véritable politique visant à restructurer la ville de Nantes dans son ensemble. La Samoa (Société d’Aménagement de la Métropole Ouest Atlantique), qui assure la conception, le pilotage et la mise en œuvre opérationnelle du projet Îlink, souhaite créer un espace favorable à l’épanouissement économique et social tout en répondant aux attentes et aux besoins de chaque habitant. Ainsi, dans ce nouvel espace durable, on retrouvera de meilleures structures et infrastructures pour améliorer l’éducation, des grandes infrastructures fonctionnelles, mais aussi des lieux consacrés à la culture et au divertissement.

Îlink, situé sur l'île de Nantes, se compose de 14 000 m² de logements et 8 000 m² de bureaux, activités, commerces, jardins partagés, conciergerie…

La Conciergerie - Labo de Quartier situé sur l’île de Nantes, à deux pas des Machines de l’île, propose notamment des événements festifs tels que des projections en plein air, des expositions ou encore des cantines hebdomadaires. On s’y retrouve autour d’une bibliothèque collaborative, de boutiques éphémères… et on y retrouve de nombreux services de proximité : relais poste, composteur collectif ou encore panier de légumes.

Un exemple monténégrin assez paradoxal

Pour le Monténégro, la situation est tout à fait paradoxale. En effet, avant, les problèmes de sites contaminés ne tenaient pas une place importante dans le développement pratique et durable des villes. Les projets de friches industrielles complétés sont rares, bien que la plupart des villes soient confrontées à la présence de zones de friches industrielles. Les problèmes liés aux friches industrielles ont été traités principalement dans le cadre de certains programmes et documents généraux concernant les stratégies en matière d’environnement et de développement durable. En effet, il n’y a pas, comme en France, d’organisations spécifiques qui s’occupent des problèmes liés aux friches industrielles. Par ailleurs, les autorités locales et les ministères compétents traitent de différents problèmes environnementaux et de développement durablement à travers divers projets, stratégies, plans et lois.

Aujourd’hui, dans le contexte du développement urbain durable des villes, un intérêt croissant s’est manifesté au cours de la dernière décennie pour la gestion de la qualité du cadre de vie. D’ailleurs, deux concours internationaux d’architecture très importants consacrés à la reconversion des friches industrielles ont eu lieu au Monténégro en 2008 et 2009. Concernant les exemples concrets, à Cetinje, l’ancienne zone industrielle de « Star Obod » sera transformée en une Université des Arts, tandis qu’à Mojkovac, le site « Jalovište » doit devenir un centre de sorties et de loisirs. En effet, le site était l’une des friches industrielles les plus contaminées du Monténégro, avec les risques environnementaux les plus élevés. Il convient tout de même de noter que le terme « friche industrielle » est très rarement utilisé au Monténégro. De plus, la contamination des zones critiques dans les villes n’atteint pas un niveau qui nécessiterait une reconversion effective et un développement local durable.

La reconversion des friches industrielles n’est pas encore une cause mondiale

La reconnaissance des environnements urbains est cruciale pour la durabilité des contextes locaux, considérés dans le contexte mondial. Les friches industrielles constituent des perturbations visuelles, psychologiques, sociologiques, mais surtout écologiques, tout en révélant des restrictions économiques, culturelles et identitaires. Cependant, ce sont précisément ces zones qui sont des stimulants potentiels du développement durable. Un traitement approprié peut permettre la création de nouvelles valeurs durables de l’espace urbain. Par ailleurs, force est de constater qu’il manque véritablement une sensibilisation mondiale concernant l’importance de la reconversion des friches industrielles.

Pour aller plus loin

- http://www.iledenantes.com/fr/projets/273-ilink.html

- https://www.actu-environnement.com/ae/pdt/envisol-solutions-caracterisation-friches-indsutrielles-sols-pollues-777.php4 

- https://journals.openedition.org/vertigo/3812

Découvrez aussi...
Innovons : la Qommunauté