L’agriculture urbaine nourrit plus de 700 millions de citadins dans le monde. Cumulées, les petites parcelles nichées au creux des centres urbains occupent 70 millions d’hectares. Plus qu’une tendance, l’idée de cultiver en ville s’impose comme une nouvelle façon d’appréhender les territoires urbains et périurbains. Cela, pour aider les citoyens à (re)tisser des liens avec la nature, avec une alimentation de qualité, mais aussi (et surtout) entre eux. Avec un objectif : que les jardins partagés, les fermes aquaponiques et les potagers verticaux permettent à la population urbaine d’affronter sereinement les grands défis du XXIe siècle.

1. Qu’est-ce que l’agriculture urbaine ?

Depuis 2008, la moitié des habitants de la planète vit dans des centres urbains (1). À mesure que les villes croissent, les besoins des citadins en nourriture augmentent et les prix alimentaires avec eux. Sans parler des conséquences désastreuses du transport de denrées sur les émissions de gaz à effet de serre, donc sur le réchauffement climatique… De plus en plus, l’agriculture urbaine se propose comme une solution à ces enjeux contemporains et futurs. Plus de 700 millions de citadins profitent déjà des bienfaits d’une agriculture innovante (2), qui se niche dans les endroits les plus improbables des villes. Et qui connaît un grand succès. Explications.

Cultiver en ville : quand les métropoles se mettent au vert

Produire fruits et légumes au cœur des agglomérations : voilà, en quelques mots, en quoi consistent les potagers urbains et autres jardins partagés. On considère comme urbaine « l’agriculture située dans la ville ou sa périphérie, dont les produits sont majoritairement destinés à la ville et pour laquelle il existe une alternative entre usage agricole et non agricole des ressources » (3). Née dans les années 70 aux États-Unis, cette pratique a l’avantage de pouvoir s’installer partout. Elle prend racine sur les terrains vacants, dans les jardins et les balcons, sur les toits des immeubles et des maisons, bientôt sur les parkings et dans des conteneurs reconditionnés. Elle pousse partout où se nichent de petites parcelles. Et elle prend de nombreuses formes :

  • Parcelles partagées gérées par une communauté d‘habitants (au sol ou sur un toit) ;
  • Jardins privés ou publics, individuels ou collectifs ;
  • Cultures en toitures ou en terrasses ;
  • Fermes verticales* ou aquaponiques* ;
  • Friches exploitées ;
  • Agriculture périurbaine (fermes situées à proximité des grandes villes).

De plus en plus de villes occidentales adoptent cette démarche, via la mise en place de potagers urbains collectifs ou en confiant les clés des parcelles à des entrepreneurs. De leur côté, les pays en voie de développement en font un enjeu alimentaire majeur. Il serait toutefois plus juste de parler d’agricultures urbaines au pluriel. En effet, cultiver en ville ne se limite pas à produire des légumes et des fruits sur des bouts de jardins. La notion de potager urbain recouvre une grande diversité de pratiques, alliant modes de production hétérogènes et objectifs variés.

À quoi servent les potagers urbains ?

Plus les villes grandissent, plus l’accès à une nourriture de qualité devient un défi. Dans les pays en développement, il n’est pas rare que l’alimentation pèse pour plus de 60 % dans le budget des citadins modestes. En cause : des infrastructures insuffisantes et un taux élevé de pertes de denrées (jusqu’à 30 %), du fait des longues distances à parcourir et de la densité du trafic. En parallèle, le mode de vie urbain tend à favoriser la malbouffe. Le repas traditionnel s’est fast-foodisé : on mange mal et on mange vite. Ce régime alimentaire favorise le développement des maladies cardiovasculaires et du diabète.

Pour toutes ces raisons, nombreuses sont les agglomérations à favoriser les projets d’agriculture urbaine. Certes, la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) y voit l’un des remèdes à exploiter pour faire face aux besoins alimentaires. Mais les potagers urbains apportent des bienfaits très divers allant bien au-delà de la seule production. Ils servent aussi à :

  • Instaurer des circuits courts (du producteur au consommateur) ;
  • Favoriser une économie de proximité (vente directe) ;
  • Sensibiliser les citadins aux enjeux environnementaux et climatiques ;
  • Éduquer les scolaires au travail de la terre et au respect de la nature ;
  • Aider à la réinsertion socioprofessionnelle ;
  • Préparer les futurs défis technologiques auxquels seront confrontées les villes.

On le voit : dans le fait de cultiver en ville, les objectifs de production sont parfois secondaires.

Comment expliquer le succès de l’agriculture en ville ?

Mis bout à bout, les territoires cultivés sur la planète s’étendent sur plus de 70 millions d’hectares ! (4) Un succès qui s’explique par les nombreux bienfaits de l’agriculture urbaine.

En effet, cultiver en ville permet de compter sur une production locale de qualité, donc sur une alimentation plus saine. Mais le potager urbain offre également une réponse de circonstance aux enjeux climatiques : moins de temps de transport, ce sont aussi moins d’émissions de CO2 dans l’atmosphère. Et des zones maraîchères qui voient le jour au cœur des villes, c’est une façon idéale de réutiliser les déchets organiques.

En même temps, ces espaces sacralisés contribuent à lutter contre les projets d’urbanisation totale et à enrichir la biodiversité. Enfin, il ne faut pas négliger l’importance de ce type d’initiative pour (re)créer du lien social, favoriser des interactions entre les urbains et les ruraux, et même concourir à la réinsertion des jeunes en difficulté.

Lexique

Ferme verticale : notion qui regroupe différents projets visant à produire des aliments au sein de structures verticales (tours, gratte-ciels).

Ferme aquaponique : technique qui allie aquaculture et hydroponie, soit la culture de plantes hors sol en symbiose avec l’élevage aquatique (notamment dans des fermes verticales).

 

2. Que peut-on faire pousser en ville ?

Square urbain, jardin privé, terrain en friche : même modeste, toute parcelle peut être transformée en vue d’accueillir fruits et légumes. Toutefois, compte tenu de la rareté des terrains disponibles pour cultiver en ville et de l’impossibilité de produire de la nourriture pour tout un quartier pendant une année complète, l’agriculture urbaine nécessite d’adopter une logique de production locale. Et de valoriser chaque centimètre carré !

Quelles cultures poussent en ville ? 

Cultiver un potager en ville n’a rien d’un principe utopique. Les parcelles urbaines permettent de faire pousser différentes variétés de fruits et de légumes, en fonction de la zone géographique concernée : aubergines, betteraves, carottes, courgettes, salades, radis, tomates, pommes, poires, oranges, etc. Les cultures se partagent aussi bien entre arbres fruitiers (dont on peut consommer les fruits ou en extraire le jus), production maraîchère et production céréalière. Dans certains jardins partagés, des fleurs consommables et des herbes aromatiques viennent s’ajouter à cette liste.

Mais ce n’est pas tout. Car si l’on peut cultiver en ville, rien n’empêche de faire du petit élevage dans les mêmes conditions. Et d’inviter volailles, lapins, pigeons ou moutons à s’installer au cœur des zones urbaines, dans une démarche connue sous le nom d’éco-pâturage. Respectueuse de l’environnement et propre à satisfaire le besoin pédagogique des scolaires (découvrir des animaux de chair et d’os), cette pratique permet en outre de limiter le développement des mauvaises herbes et des plantes pionnières. Elle reste toutefois très limitée pour des raisons sanitaires, la présence d’animaux en ville pouvant favoriser la propagation de certaines pathologies. Ce qui ne vous empêche pas d’accueillir quelques poules dans votre jardin privé !

Une agriculture orientée vers la consommation locale

Les potagers urbains ont surtout l’avantage d’assurer la production de denrées consommées localement. Cette solution permet de réduire à néant les risques de pertes liés aux temps de transport et de conserver toutes les qualités nutritives des aliments. Pour cette double raison, l’agriculture urbaine se veut cohérente : nombre de métropoles se focalisent sur la production de produits fragiles que le transport tend à abîmer, comme les salades et les herbes aromatiques. À l’inverse des pommes de terre et des carottes qui, elles, se conservent mieux et peuvent être produites à distance.

Les grands projets de cultures en ville ont privilégié cette approche locale. À Singapour, cité-État de 5,5 millions d’habitants où seulement 5 % des aliments consommés sont produits localement, le projet Sky Green consiste en une vaste ferme verticale innovante (5). On y fait pousser des salades, du brocoli et du chou chinois. Au Japon, la ferme urbaine de Shigeharu Shimamura produit 10 000 laitues quotidiennement grâce à des ampoules LED à basse consommation. En région parisienne, à Sainte-Geneviève-des-Bois, le supermarché Carrefour a transformé un parking de 300 m2 en potager urbain destiné à faire pousser les fruits et légumes vendus dans les étals du magasin.

L’agriculture urbaine n’a donc pas pour but de faire concurrence à l’agriculture rurale. Au contraire : cultiver un potager en ville permet d’atteindre une complémentarité entre les producteurs et les consommateurs, entre les ruraux et les citadins. Les jardins partagés et autres fermes verticales permettent ainsi de faire pousser les denrées fraîches qui viennent s’ajouter à la production des maraîchers et des éleveurs locaux.

Suite de notre article vendredi...

Sources

(1) https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SP.URB.TOTL.IN.ZS

(2) http://www.fao.org/newsroom/FR/news/2005/102877/index.html

(3) https://www.yeswegreen.org/cultiver-ville-cest-possible/

(4) http://www.farre.org/fileadmin/medias/pdf/Forum_de_l_environnement_n__35.pdf

(5) https://www.skygreens.com/about-skygreens/

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