La smart city… cette ville futuriste hyperconnectée, utopique pour certains et dystopique pour d’autres, fait souvent débat. Nous avons interviewé un urbaniste exerçant en Europe (qui souhaite taire son nom pour des raisons professionnelles) pour nous expliquer ce qu’est la smart city. Il nous parle des premiers pas actuels de la smart city et du futur de nos espaces urbains.

Qu’est-ce qu’une smart city et quelles sont ses promesses ?

La smart city c'est la ville intelligente. Intelligente, pas forcément, parce qu'elle a été conçue intelligemment, mais surtout parce qu'elle utilise au mieux les nouvelles technologies pour optimiser au mieux son fonctionnement en matière de coûts, d'organisation et de bien-être. La smart city peut notamment utiliser l'intelligence artificielle pour mieux éclairer, avoir une meilleure fluidité du trafic routier, une meilleure gestion du stationnement, du climat, de l'air, de l'eau...

Tout un panel technologique qui va nous permettre de rendre nos villes « mieux » vivables.

Quelles sont les technologies intelligentes qui sont déjà mises en place aujourd’hui dans les villes ?

Par exemple une application qui vous donne en temps réel la localisation, les temps de parcours, les retards des bus dans la ville, constitue une première strate de la smart city. La seconde strate, c’est l’intégration à cette application d’autres moyens de mobilité (bateaux-bus, trains TER ou TGV, système de locations de vélos ou d’automobiles…) ce qui rendrait possible simplement la multimodalité (utilisation de plusieurs modes de transport pour se déplacer).

Autre exemple : certaines villes perdent jusqu’à un tiers de leur eau potable à cause d'un réseau d’adduction déficiente. La technologie nous permet aujourd'hui, si on le souhaite, de détecter où sont les points de faiblesse, où sont les fuites, comment peut-on intervenir, etc.

Autre exemple en cours de mise en œuvre : le calcul du potentiel solaire de nos bâtiments. Uniquement à l’aide de logiciel libre, nous arrivons à collecter un certain nombre de données (types de toits, pente, orientation, ombrage, ensoleillement…) qui nous permettront de déterminer que tel secteur ou tel bâtiment peut potentiellement accueillir des panneaux solaires « productifs ».

Si on regarde à l’étranger, des villes comme Hong-Kong ou Singapour utilisent des capteurs situés dans des arbres en métal capables de réguler la luminosité en fonction des flux de circulation... En France, nous n'avons pas forcément les mêmes moyens financiers, ni les mêmes objectifs mais nous n'avons pas les mêmes problèmes non plus.

À quoi ressemblera la smart city du futur ?

Ça devra être une ville qui permet à ses habitants comme à ses visiteurs de vivre de la façon la plus « efficiente » possible. À chaque situation donnée, vous pourrez organiser votre journée et votre vie au mieux en interagissant avec tout ce qu'il y a autour de vous. Ça commence avec la mobilité puisque de toute façon on se déplacera toujours.

Avec le Règlement Général de la Protection des Données, l’UE souhaite actuellement mieux encadrer le recueil et le traitement des données personnelles. Or, les smart cities vont devoir recueillir de nombreuses données, dont un bon nombre sur les flux des habitants. Pensez-vous que les data cities vont prendre des sous-airs de Big Brother ?

Ce qu'on entend des grandes villes asiatiques notamment nous rapproche effectivement pas mal de Big Brother en ce que la quantité de données recueillies est énorme et malgré les précautions d’usage on peut douter de leur anonymisation dans le temps… On peut par exemple imaginer que si demain, il surgit une anomalie ou un problème, on puisse rechercher qui en est responsable et le culpabiliser voire le punir plus ou moins durement… Ou pire que ces données soient hackées et détruites ou échangées contre une rançon ce qui mettrait en péril l’équilibre de nos cités si elles sont bâties uniquement sur ces systèmes sophistiqués…

Au-delà de ces écueils, pour moi le problème éthique est moins sur le Big Brother que sur la façon dont on envisage l'homme. La technologie est omniprésente dans nos sociétés modernes et malgré les appels à la décroissance ou tout au moins à des modes de vie plus durables, personne ne veut retourner à l'âge de pierre. Mais pour vivre bien ou sinon mieux, avons-nous besoin de recourir constamment à la technologie ? Et d’ailleurs pouvons-nous tous en jouir ? La smart city ne risque-t-elle pas de creuser les inégalités entre citoyens, de nous éloigner physiquement les uns des autres et de nous rendre dépendants d’outils que le citoyen lambda ne maîtrisera pas dans un monde ultraconnecté géré par des « technocrates » au bénéfice principal de grands groupes privés ?

Merci à vous, et bonne continuation !

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