Vélos de ville : quel impact sur la circulation ?

16/03/2018

En 1972, Joe Dassin chantait joyeusement : « À Paris, à vélo, on dépasse les autos / À vélo, dans Paris, on dépasse les taxis ». Un demi-siècle plus tard, le déploiement des vélos de ville a matérialisé cette vision idyllique. Dans la capitale, mais pas seulement : en 2014, 38 agglomérations françaises étaient équipées d’un système de vélos en libre-service. Mais quel est leur impact concret sur la circulation globale ?

Quelle place pour les vélos de ville ?

Pour la quarantaine d’agglomérations ayant adopté un système de vélos en libre-service, les chiffres sont très variables. Si l’on compte plus de 20 000 cycles disponibles à Paris (Vélib’), ce nombre tombe rapidement à 4 000 pour Lyon (Vélo’v), 2 400 pour Toulouse, 2 000 pour Lille, etc. (selon Statista 2018). Et jusqu’à quelques dizaines de vélos de ville seulement dans des communes comme Montélimar ou Montbéliard.

Face au vélo, donc, nous ne sommes pas tous égaux. Cette disparité s’explique aisément : le succès des vélos de ville est directement lié à l’étendue des infrastructures disponibles, ainsi qu’à la politique de circulation automobile locale (vitesse des automobilistes, gestion du stationnement, etc.). Dans la capitale, par exemple, la profusion des stations dédiées permet aux usagers de trouver aisément où prendre et où laisser leur bicyclette. Mais à Marseille ou Aix-en-Provence, leur rareté a été un obstacle au choix de ce transport doux par les habitants.

Autre point essentiel : le développement des voies cyclables, qui s’étendent sur 19 % de la voirie en moyenne. Avec de forts contrastes en fonction des communes, puisqu’il faut opposer les 97 % de voiries aménagées à Lorient aux 17 % qui permettent aux résidents de Caen de circuler à vélo.

Toutefois, là où les infrastructures le permettent, les vélos de ville sont mis à contribution. Selon une enquête TNS Sofres/MTI Conseil réalisée en 2012, 14 % des usagers de la petite reine s’en servent pour des raisons utilitaires, notamment pour se rendre à leur travail ou à leur école, ou bien encore pour faire des courses. Un quart de tous les déplacements utilitaires en vélos de ville seraient ainsi consacrés aux trajets entre le domicile et le lieu de travail ou d’études.

Vélos en libre-service : quel impact sur la circulation ?

Le paysage urbain, qui s’est progressivement « adapté à la voiture » à partir des années 60 selon les vœux du président Pompidou, est donc en train d’intégrer pleinement l’usage du vélo. Néanmoins, peut-on parler d’un impact concret sur la circulation en ville ? La bicyclette, qui modifie les usages, est-elle en train de changer la façon dont les urbains circulent au sein des agglomérations ?

Les études tendent à répondre positivement. Les vélos de ville permettraient ainsi de réduire le taux de congestion relatif à la circulation automobile, notamment durant les heures de pointe. Ils auraient un impact direct sur :

  • La réduction des embouteillages : moins de voitures qui circulent au profit des vélos et des transports en commun (eux-mêmes favorisés par une conception plus « douce » des déplacements) ;
  • La taille de la chaussée, augmentée grâce à la disparition de places de stationnement au profit des infrastructures cyclables et des stations de location de vélos de ville.

Une étude menée à Graz, en Autriche, sur le potentiel de transfert modal de la voiture vers d’autres modes de circulation (dont le vélo), montre ainsi que le désengorgement des rues pourrait atteindre 30 %. Et ce ne serait là qu’un des nombreux effets positifs de l’adoption de modes de déplacement « doux ». (Voir le contenu de l’étude dans ce document.)

En outre, sur les 120 millions de kilomètres annuels parcourus par des vélos de ville, 10 millions auraient été effectués en voiture si la bicyclette n’avait pas représenté une alternative (et près de la moitié en transports en commun). Ce qui signifie que le choix du deux-roues écologique a permis une économie de 3 millions d’euros pour la seule circulation routière (détail de l’étude sur cette page).

Quels comportements pour une meilleure circulation ?

C’est donc certain : les vélos de ville tendent à avoir un impact positif sur la circulation dans les grandes agglomérations. Mais à condition que les automobilistes jouent le jeu, et qu’ils acceptent de laisser un peu plus souvent leur voiture au garage. Ici, tout est question de politique publique : si l’usage du vélo a remplacé la voiture à hauteur de 21 % dans une ville comme Brisbane, et 19 % à Melbourne et Minneapolis, Londres n’atteint que les 2 % (étude de la Commission européenne menée en 2014), faute de décisions publiques pertinentes.

Or, pour que l’impact des vélos de ville sur la fluidité de circulation soit effectif, encore faut-il que les urbains soient incités à faire évoluer leur comportement !

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