Direction « n’importe où » en autostop | Témoignages d’un père et de son fils

18/05/2018

À 17-18 ans, Olivier part de Carhaix en Bretagne sur un coup de tête. Le strict minimum, voire moins, sur le dos, et le voici lancé sur les routes avec un panneau « n’importe où ». Il passera notamment quelque temps en Ardèche où il fera de sacrées rencontres. 35 ans plus tard, en août 2017, son fils Malo a 17 ans ; s’élance à son tour sur l’asphalte hexagonal accompagné lui aussi du panneau « n’importe où ». Locunolé, Nantes, Angers, Poitiers, Limoges, Clermont, Marseille, Nice, Bellagio… Voici les témoignages de ces deux baroudeurs père et fils.

Olivier – Partir se chercher n’importe où.

Qu’est-ce qui t’a poussé à partir ?

Je suis parti sur un coup de tête. Je n’avais rien préparé. Je bougeais juste pour bouger. J’avais envie de me barrer, j’ai roulé un sac de couchage avec une ficelle, j’ai pris trois t-shirts, un savon, un dentifrice et des serviettes, et je suis parti avec ce panneau « n’importe où ». Je n’avais pas de tente. Je me lavais et lavais mes vêtements dans les rivières, dans les lavoirs.

Avec du recul, je pense que je m’évadais pour avoir l’impression d’exister, de me chercher moi-même dans la société à travers les autres que j’allais rencontrer. Je cherchais à grandir, tout simplement !

Parle-nous un peu de ton voyage.

J’ai vécu de super aventures, j’ai été logé, nourri et blanchi par des gens que je ne connaissais pas au départ. En échange, j’ai bossé pour eux.

Un jour en Ardèche, j’étais en train de boire un verre d’eau sur la place du village, car je n’avais pas d’argent. Quelqu’un m’a demandé « A qui tu vas rendre visite ? » ; j’ai répondu « Vous par exemple ! ». Je me suis retrouvé avec des mecs qui faisaient de la course de côte ! Je suis parti dans les montagnes avec eux à 120 km/h ! C’était le jour – la nuit ils roulaient encore plus vite… J’ai vécu quelques jours chez un de ces gars, à Privas, avec son ami qui sortait de l’hôpital psychiatrique le temps des vacances. J’ai refait leur toiture pour participer. On a passé quelques jours ensemble et un jour j’ai décidé de reprendre la route. Arrivé au col des Quatre Vios, il y avait du vent froid, et en cherchant dans mon sac j’ai retrouvé 50 balles ! Ces gens qui n’avaient rien avaient glissé de l’argent dans mes affaires. 

Je me suis retrouvé par hasard en Ardèche – je ne savais même pas où c’était sur la carte avant de partir ! Mais ça n’était pas innocent si les gens m’ont beaucoup pris en stop là-bas et si je m’y suis plu. En fait, au début des années 70, plein de « babos » sont partis en Ardèche.

Qu’est-ce que ce voyage t’a apporté ?

En bougeant comme ça on se rend compte que la France est d’une richesse ! Partout où j’allais, je savais que ça allait être génial. Quand tu te dis que « tout ça », c’est habité par des gens qui te racontent leurs histoires, leur vie… Finalement, tu découvres le pays avec les gens. 

Tu te retrouves parfois dans des endroits où des centaines de gens viennent chercher une image et toi tu ne t’en aperçois pas, car ce n’est pas du tout ton propos. Le but de ce type de voyages est juste humain. Comme tu n’es pas un touriste comme les autres, les gens te donnent des choses, de l’argent, de la nourriture… Aujourd’hui, je suis sûr qu’en m’aidant, ces gens pouvaient voyager à travers moi, un voyage par procuration en quelque sorte.

L’humanité existe et le fait de bouger de manière pacifique te fait aller à sa rencontre. Tu te rends compte alors qu’à la porte de chez toi il y a plein de gens super ! Il n’y a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde. Et quand tu rentres chez toi… tu vois ton voisin autrement, de manière plus positive, alors qu’avant c’était juste un voisin.

Ce voyage, c’était aussi le délire de la route ! Il y a une chanson qui illustre bien cette époque-là, c’est « La route » de Charlelie Couture (https://soundcloud.com/search?q=charlelie%20couture%20la%20route). J’ai connu cette chanson-là après ce premier voyage, c’est l’illustration parfaite de ce moment de ma vie.

Tu as fait d’autres périples dans ce genre par la suite ?

Plus tard, j’ai fait l’Irlande à pied. J’ai vécu de la même manière : chez des gens. D’ailleurs, je continue à vivre comme ça aujourd’hui. La semaine, je travaille à Brest alors que ma famille vit à Locunolé. J’avais un appartement sur Brest, mais j’avais un voisin problématique.  J’ai décidé de lâcher l’appartement et aujourd’hui je vis chez les uns et chez les autres. Je partage les tâches, je paye un loyer. Je ne reste pas longtemps, un mois et demi, et puis je vais vivre chez quelqu’un d’autre.

L’été dernier, ton fils Malo alors âgé de 17 ans est parti un peu comme toi, en stop avec pas grand-chose sur le dos. 

Oui, j’ai parlé de ce voyage à Malo. Je lui ai expliqué que j’en avais eu besoin et que ça m’avait fait du bien de bouger.

Après ses retours d’expérience de voyage, notes-tu des différences entre vos deux voyages ?

Même avec le panneau « n’importe où », nous avons pris à peu près la même direction, de la Bretagne vers le Sud-Est de la France.

Au début des années 80, des autostoppeurs il y en avait partout, c’était dans l’air du temps. Et même s’il devait y avoir des « malades » comme partout, on n’en parlait pas ! Il y avait quand même plus le côté « compassion » quand on prenait un autostoppeur alors qu’aujourd’hui, c’est le côté « fun » qui ressort. 

Ce panneau « N’importe où » avec lequel on est partit tous les deux, je crois que c’est une des clefs qui a fait que nos voyages se sont bien passés. Ça paraît innocent comme phrase, « n’importe où », mais ça montre que tu as le temps ; ça montre qu’il n’y a pas d’agressivité et tu montres ta disponibilité… comme une dame qui a pris Malo en stop et qui lui a tout offert : le repas, le train… alors qu’elle lui avait dit « je n’ai pas grand-chose, mais autant que ça serve »… C‘est lorsque tu vas vers les gens tu les rencontres. Je crois que le voyage lui a apporté la même chose que moi. L’énergie se transmet, tu pars le moral dans les bottes, les gens t’aident et finalement te filent la pêche.

Malo  – Sur les traces de son père vers n’importe où.

Qu’est-ce qui t’a poussé à partir ?

J’avais juste envie d’aller respirer ailleurs et on a parlé ensemble avec mon père. Ça m’a bien motivé. 

Au tout début, c’était un délire avec une ex-copine. Nous devions partir et nous promener en Europe. Nous nous sommes quittés avant, mais je suis quand même parti. Je suis parti de Locunolé en Bretagne pour rejoindre mon cousin à Marseille en stop pour que de là-bas on voyage ensemble avec le panneau « n’importe où ».

Il t’a donné des conseils, pour faire la valise par exemple, bien qu’il ne soit parti avec rien?

Il ne voulait pas s’immiscer dans mon voyage donc il m’a laissé faire. Il s’est dit qu’il fallait que j’apprenne par moi-même. « S’il t’arrive des petites bricoles, ça sera la manière d’apprendre à les éviter par la suite ! » 

Et du coup que t’est-il arrivé durant ton voyage ?

Le voyage était trop marrant, parfois par le comique de situation de ce qui m’arrivait. Ces situations ce sont les endroits où tu dors, les gens qui t’emmènent à des endroits où il ne faut surtout pas descendre – je pense au gars qui m’a déposé sur la voie express après Nantes sur le retour de mon voyage *Rires. 

Autre anecdote parmi tant d’autres, j’ai dû marcher pendant longtemps dans Poitiers la nuit, car j’avais été viré de la gare. J’ai finalement trouvé un jardin et le lendemain matin j’avais le voisin qui me regardait à travers sa fenêtre *Rires. Ensuite, j’ai traversé tout Poitiers pour finalement rencontrer un gars qui m’a dit que j’étais dans la mauvaise direction. J’ai dû retraverser la ville.

À l’aller, j’étais bloqué pile-poil entre Limoges et Clermont-Ferrand. Parfois, j’ai attendu très longtemps. Et là ! Une dame s’arrête et me dit qu’elle va à Martigues ! C’était parfait pour moi qui cherchais à rejoindre mon cousin à Marseille avant d’entamer le voyage vers « n’importe où ». Sauf que sa voiture est tombée en panne 10 km après Clermont-Ferrand, pas cool quand tu vois ce qu’il te reste à faire jusqu’à Marseille sur la carte. Finalement, elle m’a payé l’hôtel. Deux lits simples.

Sur le retour, j’ai dû dormir à côté d’un gros rond-point en sortie de Nantes, avec les rats qui passent à côté, c’était « ghetto ».

Ces moments-là, on en rigole bien et le reste est génial et très positif. Ce sont les gens qui te payent l’hôtel, d’autres le train, d’autres qui te font visiter leur ville avec les spécialités locales.

Je me souviens bien de mon arrivée à Bellagio au lac de Côme en Italie. Je me suis alors dit : « J’y suis allé en stop, c’est fou ! Je suis parti il y a 5-6 jours de chez moi et là je suis là, devant ce magnifique lac et ces montagnes… »

Qu’as-tu tiré de ce voyage ? 

Le fait que je recommence bientôt ! Rires*

Les gens t’offrent énormément alors que tu ne les connais pas vraiment. Ils te donnent, car cela leur fait plaisir. Ça mérite d’être vécu, l’expérience humaine est géniale. 

Entre ce que ton père t’a narré de son périple et le tien, y vois-tu des différences ?

Oui, car j’y suis allé en vacances pour quelques jours, alors que papa, il est parti comme ça ! Sans durée fixe. Il a bossé pendant son voyage aussi.

Et ce panneau « n’importe où » avec lequel tu as voyagé et ton père avant toi ?

Le panneau représentait l’âme entière du voyage après Marseille… l’âme et le sérieux avec lequel on y allait ! À l’image de ce panneau, le voyage était marrant. Ça faisait même marrer les conducteurs.

Tu as d’autres voyages en autostop en perspective ?

Je suis super chaud pour partir en Irlande ! Tout seul en mode découverte ou avec un pote pour le côté bon délire.

Qu’en pensez-vous ?

Vous devez être connecté pour accéder à ce formulaire.