Les circuits courts alimentaires  ont-il un impact réel, au-delà de l’effet marketing ?

30/03/2018

Quand on vous dit « circuit court », vous pensez tout de suite à la cueillette de pommes chez le maraîcher du coin. Une recette qui gagne en importance : en 2010, 6 à 7 % des achats alimentaires se faisaient par le biais de circuits courts. Trois ans plus tard, 42 % des Français affirmaient y avoir déjà eu recours ! Mais au-delà de cet attrait auprès des consommateurs, ces circuits dits « spécialisés » parviennent-ils à convaincre sur le plan purement environnemental ? Revue de détail.

Qu’est-ce qu’un circuit court ?

Par circuit court, on entend un circuit de distribution dans lequel le nombre des intermédiaires entre le producteur et le consommateur est réduit à son minimum – c’est-à-dire zéro dans l’idéal, un seul au maximum. En tout état de cause, ces circuits courts impliquent une idée de proximité entre ceux qui vendent et ceux qui achètent. Proximité géographique, mais également sociale.

Cette notion s’applique essentiellement au domaine agroalimentaire. Le dernier recensement agricole, daté de 2010, indique que 21 % des producteurs s’appuient sur les circuits courts pour vendre les fruits de leur labeur. Avec une prédominance des maraîchers et des horticulteurs, la moitié d’entre eux étant concernée par ce mode de distribution.

Ces circuits courts alimentaires peuvent prendre différentes formes :

  • La vente directe chez le producteur ;
  • La vente directe sur les marchés ;
  • La vente directe à domicile ou via un point relais ;
  • La vente directe en ligne ;
  • Les points de vente collectifs ;
  • Les AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), à travers lesquelles un consommateur, individuel ou collectif, s’engage à acheter la production d’un agriculteur ou d’un éleveur ;
  • Les commerces de proximité ;
  • Les produits locaux mis en avant par les enseignes de la grande distribution ;
  • La restauration collective (établissements scolaires, restaurants d’entreprise, etc.).

Jetez un œil à cette vidéo proposée par le Labo de l’économie sociale et solidaire pour une explication plus détaillée des circuits courts :

 

Quels sont les bienfaits des circuits courts ?

Si les circuits courts sont en vogue, c’est qu’ils répondent à des attentes. Celle du producteur, d’abord, qui tend par ce biais à sécuriser son modèle économique tout en bénéficiant d’une reconnaissance bienvenue de son métier. Celle du consommateur, ensuite, qui cherche à la fois la qualité optimale des denrées et leur juste prix, tandis que la notion de « vente directe » s’inscrit dans une quête de sens qui s’étend volontiers à l’ensemble des produits de consommation.

En d’autres termes : pour le producteur qui ambitionne de tirer profit de son (dur) travail, et pour le consommateur entré dans une logique de rationalisation de son alimentation, les circuits courts sont une aubaine. Ils redonnent une vraie valeur ajoutée aux produits alimentaires et renforcent les liens entre monde rural et monde urbain. Enfin, ils permettent de matérialiser les enjeux de la consommation durable et de transformer le consommateur en « consom’acteur ».

Au-delà, il y a également les attentes exprimées par les territoires eux-mêmes. En effet, le développement des circuits courts permet de créer (et/ou de maintenir) des emplois au niveau local, de (re)tisser du lien social entre les populations, et de contribuer à l’instauration d’une économie sociale et solidaire. Les collectivités y gagnent en cohérence et en vitalité.

Quant à l’impact écologique et environnemental, il reste difficile à établir. Notamment en raison de la diversité des modes de production, et du fait que les exploitations s’appuient sur plusieurs circuits. Toutefois, l’Ademe note que 10 % des exploitations qui fonctionnent en circuit court sont « bio » (un mode de production plus respectueux des enjeux du développement durable), contre seulement 2 % des acteurs passant par des circuits longs.

Les chiffres se font attendre

Actuellement, il existe peu d’études dédiées. Par exemple, on ne trouve pas « d’étude d’ampleur nationale consacrée à l’impact des circuits courts sur le maintien ou l’installation d’exploitations agricoles », comme on peut le lire dans l’ouvrage Et si on mangeait local ?, aux éditions Quae (recensé dans cet article).

Idem pour la comparaison des bilans environnementaux. En l’état, il reste difficile d’affirmer que la vente directe a un effet positif notable sur l’environnement, en termes de consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre. Parce que les déplacements réduits (du producteur et du consommateur) ne sont qu’un élément dans la chaîne écologique. Les pratiques de production et les modes de distribution sont également à prendre en compte.

Par exemple, la saisonnalité des denrées est une donnée cruciale. La production locale d’un aliment hors saison, sous serre, génère ainsi un volume d’énergie et de CO2 bien supérieur aux taux requis pour le transport du même aliment cultivé en plein air dans un pays lointain. Ce qui signifie qu’un kilo de fraises acheté au marché local en plein hiver possède un bilan énergétique plus élevé que le même kilo en provenance d’une région chaude.

Il en va de même pour le transport. Une distance plus faible, marquée par une logistique inappropriée (camions circulant presque à vide, rejets importants de CO2 dans l’atmosphère dus à des véhicules « sales », etc.), peut avoir des conséquences plus lourdes sur l’environnement qu’une distance allongée, mais optimisée. Ainsi, une camionnette roulant quelques kilomètres peut générer des émissions plus importantes qu’un poids lourd ou un cargo parcourant la moitié de la planète !

De la même manière, les déplacements des consommateurs entrent dans l’équation. Un individu qui parcourt plus de kilomètres pour aller acheter ses légumes au producteur ne sera pas nécessairement moins pollueur qu’un autre qui se rend au supermarché près de son domicile, pour acquérir des denrées venues d’un pays lointain.

À défaut de bousculer la dimension environnementale, les circuits courts ont donc surtout un impact sur le quotidien des producteurs et des consommateurs. Une raison suffisante de croire que ce principe de consommation pourrait s’étendre à des produits autres qu’alimentaires. Qui sait si, demain, il ne sera pas possible d’acheter ses vêtements directement auprès du fabricant local ?

Pour aller plus loin :

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